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| Les Voeux du Président de la République |
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publié le [01/01/2010 - 11:05]
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31-12-2009 Les voeux aux français
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Françaises, Français, mes chers compatriotes,
L’année qui s’achève a été difficile pour tous. Aucun continent, aucun pays, aucun secteur n’a été épargné. La crise économique a imposé de nouvelles peines, de nouvelles souffrances, en France comme ailleurs. Je pense en particulier à ceux qui ont perdu leur emploi. Cependant notre pays a été moins éprouvé que beaucoup d’autres. Nous le devons à notre modèle social qui a amorti le choc, aux mesures énergiques qui ont été prises pour soutenir l’activité et surtout pour que personne ne reste sur le bord du chemin.
Mais c’est à chacun d’entre vous que revient le plus grand mérite. Je veux rendre hommage ce soir au sang-froid et au courage des Français face à la crise. Je veux rendre un hommage particulier aux partenaires sociaux qui ont fait preuve d’un grand sens des responsabilités, aux associations qui ont secouru ceux qui en avaient le plus besoin, aux chefs d’entreprises, ils sont nombreux, qui se sont efforcés de sauver des emplois.
Ensemble nous avons évité le pire. Mais nous avons aussi préparé l’avenir. Au moment où tout laisse à penser que la croissance va revenir, nous voyons qu’au cours de cette année, au milieu des difficultés de toutes sortes, un monde nouveau a commencé à se construire.
Une nouvelle organisation mondiale se dessine à travers le G20. Des problèmes qui soulevaient depuis bien longtemps une grande émotion et qui paraissaient insolubles, comme les bonus extravagants ou les paradis fiscaux, sont en voie d’être résolus. Il n’est pas jusqu’au sommet de Copenhague qui n’ait ouvert une porte sur l’avenir en parvenant à faire prendre par tous les Etats des engagements chiffrés de lutte contre le réchauffement climatique et en posant le principe d’un financement pour les pays pauvres qui sera assuré par la taxation de la spéculation financière. L’Europe s’est enfin dotée des institutions qui vont lui permettre d’agir et la France a continué à se transformer. Elle arrive au terme de cette année avec une fiscalité plus favorable au travail et à l’investissement grâce à la réforme de la taxe professionnelle, un lycée qui prépare mieux à l’enseignement supérieur, des universités enfin autonomes, un service minimum dans les transports publics qui fonctionne, le RSA qui encourage la reprise d’activité pour nos compatriotes les plus démunis, une formation professionnelle davantage tournée vers les jeunes et vers ceux qui cherchent un emploi, un système hospitalier, une carte judiciaire, une organisation de notre Défense qui sont mieux adaptés aux besoins de notre époque, un fonds souverain à la française qui se tient désormais aux côtés de nos entreprises pour les aider à se développer et pour les protéger.
Grâce à un plan d’investissement sans précédent nous allons pouvoir accomplir la révolution numérique, donner à tous l’accès au haut débit, numériser nos livres pour que notre langue, notre culture puissent continuer à rayonner, mais aussi créer 20 000 places d’internats d’excellence pour 2/2 rétablir une réelle égalité des chances, et doter notre enseignement supérieur et notre recherche de moyens considérables pour réussir le pari de l’intelligence. Grâce à la loi Hadopi qui sera mise en oeuvre en 2010, nos créateurs et nos artistes vont être protégés.
Grâce au Grenelle de l’Environnement nous allons pouvoir relever le défi de la protection de notre environnement. C’est un domaine où il est bien difficile de faire évoluer les mentalités et les comportements. Mais je ne suis pas un homme qui renonce à la première difficulté, et la fiscalité écologique qui permet de taxer la pollution et d’exonérer le travail est un enjeu majeur. Dès le 20 janvier, le gouvernement présentera un nouveau dispositif afin que les consommateurs soient incités à consommer mieux et les producteurs à produire propre.
Beaucoup de réformes ont été accomplies. Je sais qu’elles ont bouleversé des habitudes et qu’avant de produire leurs effets elles ont pu provoquer des inquiétudes. Mais qui peut croire que dans ce monde qui bouge l’immobilisme soit une alternative ? Il nous reste encore bien du travail. Je le conduirai avec le Premier Ministre et le Gouvernement dans le dialogue et avec un esprit de justice. En 2010, il va nous falloir : faire reculer le chômage et l’exclusion, réduire nos dépenses courantes pour nous permettre d’accroître nos dépenses d’avenir, simplifier notre organisation territoriale trop lourde, trop compliquée, trop onéreuse, consolider notre système de retraites dont j’ai le devoir d’assurer la pérennité financière, relever le défi de la dépendance qui sera dans les décennies à venir l’un des problèmes les plus douloureux auxquels nos familles seront confrontées. En 2010, nous réformerons notre Justice pour qu’elle protège davantage les libertés et qu’elle soit plus attentive aux victimes. Mes chers compatriotes, même si les épreuves ne sont pas terminées, 2010 sera une année de renouveau. Les efforts que nous faisons depuis deux ans et demi vont porter leurs fruits.
Dans ce moment si crucial nous devons rester unis comme nous avons su l’être au plus fort de la crise. C’est cette unité qui nous a permis de prendre l’initiative d’entraîner les autres. Les idées que la France défend vont pouvoir s’imposer dans la recherche d’un nouvel ordre mondial : plus d’équilibre, plus de régulation, davantage de justice et de paix. Ces idées nous imposent un devoir d’exemplarité. Respectons-nous les uns les autres, faisons l’effort de nous comprendre, évitons les mots et les attitudes qui blessent. Soyons capables de débattre sans nous déchirer, sans nous insulter, sans nous désunir.
Une France rassemblée, ayant confiance en elle, regardant l’avenir comme la promesse d’un accomplissement, voilà le voeu que je forme pour notre pays.
A chacun d’entre vous, mes chers compatriotes, j’adresse tous mes voeux de bonheur pour l’année qui vient, avec une pensée particulière pour nos soldats, séparés de leur famille, qui risquent leur vie pour défendre nos valeurs et garantir notre sécurité.
A nos compatriotes d’outre-mer je veux dire ma détermination à ce que la République tienne à leur égard cette promesse d’égalité et de dignité qu’elle n’a pas suffisamment tenue par le passé. Et aux plus vulnérables d’entre nous, à ceux que l’âge a affaiblis, à ceux que les accidents de la vie ont durement éprouvés, je veux dire ce soir qu’ils ne seront pas abandonnés. Face à l’isolement, face à la solitude, si répandus dans nos sociétés modernes, je souhaite que 2010 soit l’année où nous redonnerons un sens au beau mot de fraternité qui est inscrit dans notre devise républicaine.
Mes chers compatriotes,
Vive la République et vive la France
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5-1-2010 Voeux du Président de la République lors de la remise de la galette de l'Epiphanie
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Monsieur le Président de la Confédération nationale de la boulangerie française,
Mesdames et Messieurs,
Et si vous me le permettez, chers amis,
C’est un plaisir de vous rencontrer pour cette galette de l’épiphanie. Je suis heureux de pouvoir
renouer avec cette belle tradition, qui illustre la place des boulangers dans notre pays.
Depuis des temps immémoriaux, vous nourrissez non seulement les corps, mais aussi la sociabilité et
la convivialité, au coeur de nos villes et de nos villages.
Vous êtes également les porteurs de valeurs - que nous partageons, Monsieur le Président -, de valeurs
fondamentales pour notre société. L’artisanat, c’est le travail en son sens premier, l’activité par
laquelle les hommes transforment le monde et produisent des biens, de leurs mains, pour les échanger
avec leurs semblables. C’est l’amour du travail bien fait, et c’est la qualité des produits. C’est un
travail où ni l’employé ni le patron ne ménagent leur peine. Dire que vous êtes la France qui se lève tôt
serait presque une insulte puisque vous ne vous êtes souvent même pas couchés ! En prenant des
mesures comme la défiscalisation des heures supplémentaires, ou la suppression des droits de
succession, j’ai voulu réhabiliter une France du labeur, une France de gens comme vous, qui
travaillent dur, et souvent en famille.
Vous incarnez un capitalisme d’entrepreneurs, qui repose sur le travail et sur la responsabilité, qui crée
des richesses et - vous avez raison, Monsieur le Président -, qui crée des emplois pour notre pays.
Passionnés par votre métier, vous avez souvent pris des risques personnels pour l’exercer. Depuis la
loi de modernisation de l’économie, vous avez désormais l’assurance que, si vous rencontrez des
difficultés dans votre activité, l’ensemble de votre patrimoine immobilier non professionnel ne pourra
être saisi. Nous avons décidé d’aller plus loin pour libérer l’esprit d’entreprise. Comme François
Fillon et Hervé Novelli l’ont annoncé, nous allons créer l’entreprise à patrimoine affecté, qui permettra
aux artisans de protéger l’ensemble de leurs biens personnels. Concrètement, chaque entrepreneur qui
le souhaitera pourra limiter sa responsabilité à son patrimoine «professionnel», - ce qu’on appelle le
patrimoine «affecté» -, tout en protégeant son patrimoine «personnel». La responsabilité de
l'entrepreneur sera donc limitée au capital de l’entreprise. Cette réforme concerne près d’un million et
demi d’artisans, elle sera présentée au Parlement avant l’été. Avec ce nouveau statut d’entreprise
individuelle à responsabilité limitée, chaque entrepreneur que vous êtes, pourra protéger ses biens
personnels, et donc sa famille, des aléas que pourrait connaître son activité professionnelle. C’est une
réforme extrêmement importante, attendue par chacun d’entre vous depuis des décennies, qui vous
avait été promise par tout le monde et qui n’avait été tenue par personne.
Votre savoir-faire, la renommée de vos produits et le capital humain de vos entreprises sont des
richesses pour notre pays.
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Ces richesses, nous voulons les faire fructifier et les transmettre aux jeunes générations, avec le
patrimoine artisanal de la France. Pour cela, il faut faire naître des vocations. Et je sais que c’est pour
chacun d’entre vous une préoccupation constante. Combien de boulangers, combien d’artisans m’ont
dit : « comme on aimerait vendre notre fonds de commerce à un successeur de notre métier, de notre
famille professionnelle ! Hélas, on ne trouve personne ».
Je salue les jeunes gens ici présents, qui ont reçu le prix de Meilleur jeune boulanger et de Meilleur
apprenti pâtissier de France. Ils représentent la relève de cette tradition boulangère française, connue –
il faut bien le dire - dans le monde entier depuis des décennies, peut-être même depuis des siècles. Que
votre réussite encourage d’autres jeunes à s’engager dans l’apprentissage.
L’apprentissage est l’arme la plus efficace contre le chômage des jeunes.
C’est pourquoi j’ai voulu que nous développions les formations en alternance. C’est le meilleur moyen
de transmettre, par la pratique, le savoir-faire de nos artisans et une compétence très recherchée par les
entreprises. Les chiffres le prouvent : à l’issue de leur formation, 7 jeunes sur 10 trouvent un emploi.
J’ai voulu relancer ces filières - qui sont des filières d’excellence -, qui avaient été fragilisées par la
crise.
Désormais, pour toute embauche d’un apprenti avant le 30 juin 2010, votre entreprise ne paiera aucune
charge sociale pendant un an, et les entreprises de moins de 50 salariés recevront une prime de 1800
euros. Pour l’embauche d’un jeune de moins de 26 ans en contrat de professionnalisation, la prime
sera de 1000 euros, voire 2000 s’il n’a pas le baccalauréat. Et les premiers résultats sont là : 212 000
contrats en alternance ont été signés cet automne, soit une augmentation de près de 4% par rapport à
l’an dernier.
Je veux aller plus loin. J’ai donc demandé à Laurent Wauquiez d’organiser des ateliers de
l’apprentissage et de l’alternance, pour relancer ces filières dans la durée et faire qu’en 2015 un jeune
sur 5 soit en alternance.
Aider notre pays à se doter des compétences de demain, c’est investir pour la croissance future. Il était
donc normal qu’une partie du grand emprunt soit consacrée au développement de la formation
professionnelle. 500 millions d’euros viendront compléter l’investissement des régions, des entreprises
et des partenaires sociaux, pour moderniser les centres de formation, et notamment, dans ces centres,
leurs équipements. Il n’est pas normal de former les jeunes aux métiers de demain sur les machines
d’hier.
Investir, créer de nouveaux dispositifs, c’est nécessaire. Mais cela ne suffit pas : c’est toute une
mentalité que nous devons changer. Nous devons mettre en valeur la noblesse du travail manuel, le
vecteur de promotion sociale que constitue l’entreprise artisanale. A l’orée de cette nouvelle année, je
souhaite, Monsieur le Président, que nous y travaillions ensemble.
Je vous remercie d’être venus et je vous souhaite en 2010 la réussite dans vos projets personnels et
professionnels. Je veux vous dire combien je me sens heureux et à l’aise parmi vous car j’ai
l’impression que nous partageons les mêmes valeurs.
Je vous invite maintenant au plus facile, à partager cette galette, et à la savourer d’autant mieux qu’à
ma connaissance, il n’y a pas à chercher la fève : il n’y en a pas, tout simplement parce qu’on ne
saurait désigner un roi au sein de la Présidence de la République!
Bonne année.
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6-1-2010 Voeux du Président de la République aux forces économiques
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Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs,
Mes chers compatriotes,
Je suis très heureux de présenter aujourd’hui, à travers vous, mes voeux aux forces économiques de la
Nation. Si j’ai souhaité me rendre à Cholet, c’est d’abord parce que votre ville, Monsieur le Députémaire,
n’avait pas reçu la visite d’un Président de la République depuis celle du Général de Gaulle en
1965, il y a 45 ans ! C’est aussi, parce que je souhaitais visiter, avec Thalès, une entreprise qui, malgré
la crise, a pu continuer à se développer, à embaucher et à exporter, grâce notamment au soutien du
plan de relance.
Mes chers compatriotes, il y a un an, nous étions au milieu de la crise la plus grave qu’ait connue le
monde depuis les années 30. Notre pays a été touché, comme les autres pays développés, et les
Français en ressentent encore durement les conséquences, particulièrement les familles qui souffrent
du chômage. Mais nous avons évité le pire : une faillite de l’ensemble du système bancaire, qui aurait
entrainé une véritable dépression. Si nous avons évité le pire, c’est parce que nous avons décidé d’agir
et non pas d’attendre, parce que nous avons gardé notre sang froid, ce qui est absolument
indispensable en situation de crise, et parce que, je le revendique, nous avons pris les décisions qui se
sont avérées être les bonnes décisions malgré les polémiques.
L’an dernier, à cette même cérémonie, j’étais à Vesoul - parce qu’il n’y a pas que Paris en France -, et
je vous avais dit que 2009 serait une année de mobilisation exceptionnelle pour relancer l’économie et
préparer l’avenir. Aujourd’hui, nous recueillons les premiers résultats de cette mobilisation. Depuis 6
mois, la croissance est revenue. Cependant, nous ne pouvons pas nous contenter de ces premiers
résultats, pour une raison simple : nous ne serons pas sortis de la crise tant que le chômage ne reculera
pas.
Les principes que nous avons mis en oeuvre, mes chers compatriotes, pour répondre à cette crise ne
sont pas des ajustements de circonstances, ce sont des principes forts, qui ont guidé toute notre action
depuis deux ans, et qui orienteront celle que nous engagerons cette année.
Parmi ces principes, le premier d’entre eux : je crois au volontarisme. Rien ne se fait sans ténacité, rien
ne se fait sans audace. Il faut savoir agir sans tabou pour rompre avec les conservatismes et les
immobilismes innombrables dans notre pays. Et si vous m’avez élu, c’est pour que je ne me contente
pas de vous dire « on n’y peut rien ». Le « on n’y peut rien », on l’a beaucoup entendu. Je n’ai pas été
élu pour renoncer, quelles que soient les difficultés mais pour assurer et assumer mes responsabilités.
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Je crois également que rien de grand et de durable ne se fait sans cohésion sociale. C’est pourquoi
nous avons mis en oeuvre tant de réformes avec le souci constant du dialogue et de la conciliation.
Mais le dialogue et la conciliation, ce ne sont pas la faiblesse et le renoncement, c’est le devoir
d’écoute. Nous avons des convictions pour moderniser notre pays, d’autres ont des convictions.
Confrontons ces convictions, mais si nous pensons que ce que nous faisons est juste, il faut continuer
malgré les difficultés. Renoncer n’est pas une stratégie et n’est pas une alternative. Le statu quo n’est
pas une option pour notre pays. Le monde bouge, si la France reste immobile, cela n’arrangera aucun
des problèmes que connaît notre pays.
La responsabilité du pouvoir politique, c’est d’organiser et de réguler le capitalisme pour créer les
conditions justes, équilibrées et durables de notre prospérité. Je ne parle pas d’un Etat qui gère à la
place des entreprises, je parle d’un Etat qui est garant. Et c’est le deuxième principe qui guide mes
choix, le but de l’action politique doit être de rendre les choses possibles et de libérer les énergies de
notre pays. Parce que depuis trop longtemps sévit dans notre pays une vision malthusienne de
l’économie, voilà le mal français, le malthusianisme. C’est-à-dire l’idée ou plutôt l’illusion que l’on
pourrait diminuer le chômage en partageant le travail. Nulle part dans le monde cette stratégie n’a
réussi. C’est l’illusion que la décroissance serait la seule solution pour préserver l’environnement, au
fond, que vous n’avez comme seul choix, que la pauvreté et le respect de l’environnement ou la
croissance – c’est-à-dire la prospérité et la destruction de l’environnement. C’est une illusion aussi
erronée que le partage du travail. Je ne vois pas de développement dans cette idéologie qui ne propose
de durable que la pauvreté.
Les hommes se fournissent du travail les uns aux autres, les richesses créent de la richesse. Le
développement est un processus cumulatif. Mon action vise à défaire les entraves à l’initiative, à
libérer l’esprit d’entreprise et à mettre en oeuvre les conditions d’un développement durable pour notre
pays.
Depuis deux ans et demi nous avons voulu réhabiliter le travail pour avoir plus de croissance, rétablir
la compétitivité de nos entreprises pour créer davantage de richesses, encourager l’innovation et le
progrès technique qui sont à la source de la croissance, relever le défi du vieillissement, préserver
notre système de retraite, consolider nos finances publiques, préparer notre économie à la croissance
verte pour préserver l’avenir de la planète. Le rôle de l’Etat c’est de protéger les Français, mais les
protéger en leur faisant comprendre que notre pays doit évoluer, doit se moderniser.
*
Alors mes chers compatriotes, en 2009, je veux le dire parce que mon devoir est aussi d’expliquer,
vous avez vu tant et tant de polémiques en 2009 et maintenant vous avez des résultats et c’est à vous
de juger pour savoir qui avait raison.
En 2009, aucun Français n’a vu son épargne mise en danger. Ce n’était pas si facile quand la crise a
failli nous emporter. Aucun établissement financier n’a fait faillite. J’avais pris, devant les
parlementaires et devant les Français, un engagement : le plan de soutien aux banques ne coûterait rien
au contribuable. Vous vous souvenez, je l’avais promis aux Français. Il y a eu une grande polémique
sur les cadeaux aux banquiers, sur les cadeaux aux banques. J’avais dit « on préservera votre épargne,
cela ne coûtera rien aux Français ». Aujourd’hui nous avons les résultats : le plan de soutien aux
banques a rapporté 2 milliards d’euros à l’Etat grâce aux intérêts perçus sur les fonds prêtés aux
banques. Il y a une grande polémique et il est normal que je vous rende des comptes. Ce n’est pas une
question d’autosatisfaction, je dois rendre des comptes. Je vous avais promis quelque chose,
maintenant vous avez les résultats. C’est à vous de juger. Les sommes, les 2 milliards perçus par
l’Etat, - puisque nous avons prêté de l’argent aux banques qui nous l’ont rendu pour la plupart d’entre
elles - , ont permis de financer des mesures en faveur des plus modestes et d’apporter des ressources
substantielles pour investir à long terme dans les priorités d’avenir. Et puis quand la crise est arrivée,
j’ai dit qu’il ne suffisait pas de sauver les établissements financiers, de penser que l’on avait évité le
pire, mais qu’il fallait relancer notre économie. Cela fait quand même deux trimestres de suite que la
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croissance est positive. Nous avons donc décidé un plan de relance qui a permis d’injecter 27 Mds€
dans l’économie. Et il y a eu un grand débat à ce moment là, est-ce que ce plan de relance devait être
mis au service de la consommation ou de l’investissement ? Avec Christine LAGARDE, nous avons
fait le choix de l’investissement car le problème français depuis des années est que l’on n’investit pas
assez. Nous avons donc décidé de concentrer nos efforts sur l’investissement. J’ai également refusé, et,
je le dis, je continuerai à refuser, toute augmentation des impôts. Ce n’est pas une question
idéologique mes chers compatriotes. Nous avons déjà un taux de prélèvement obligatoire parmi les
plus élevés d’Europe, 7 points de plus que l’Allemagne. Tout notre problème de compétitivité se
trouve ici. A ceux qui tous les jours me disent « il faut augmenter les impôts », - ce qu’ils avaient fait
d’ailleurs avec constance, je dois reconnaître la cohérence de ceux qui me proposent cela. Mais si je le
fais, comment préserverez-vous vos emplois dans la région ou à Cholet ? Cela voudrait dire que nous
renchérissons le coût du travail en France. Et donc qu’il y aura moins de travail. Que nous
renchérissons le coût de la production en France et donc qu’il y aura moins de production. Ce n’est pas
une alternative possible, ce n’est pas une question d’idéologie. C’est une question de bon sens. Nous
sommes dans un monde ouvert où les économies et les sociétés sont en compétition. Si nous chargeons
nos entreprises et nos ménages de davantage d’impôts que les autres, où trouverez-vous alors des
emplois pour vos familles et pour vos enfants ?
Nous avons également décidé de sauver notre industrie automobile. Pourquoi ? Parce qu’elle
représente 10% des emplois français, 10% de la population active, 2 100 000 emplois. Quand nous
avons mis en place la prime à la casse, que n’ai-je entendu : que nous étions devenus nationalistes,
interventionnistes, passéistes. Vous êtes maintenant mes chers compatriotes, en droit de savoir ce qu’il
en est devenu. Nous avons été les premiers à mettre en oeuvre la prime à la casse. Résultat : 13 pays
d’Europe, couvrant 90% du marché automobile européen, ont finalement mis en place une prime à la
casse. C’est la France qui a montré l’exemple. En France, le dispositif a été un succès indéniable,
puisque un demi-million de primes à la casse ont été versées, soit le double de ce qui était prévu. Et
pour éviter un retournement brutal du marché, nous avons mis en place une sortie progressive du
dispositif. Ainsi, la prime à la casse passera de 1000 euros en 2009 à 700 euros au premier semestre
2010 et 500 euros au second semestre. Comment préserver l’emploi si l’industrie automobile française
s’effondre ?
Nous avons également évité une grave crise du logement. Il y a un an, les promoteurs ne construisaient
plus, les transactions immobilières s’effondraient, les ménages n’osaient plus emprunter pour
s’installer. Aujourd’hui pour un ménage qui souhaite acquérir son logement, les mensualités moyennes
ont baissé de 10% en un an, grâce à la baisse des taux et à la déduction des intérêts d’emprunt de
l’impôt sur le revenu. Par ailleurs, nous avons doublé le prêt à taux zéro et relancé l’immobilier locatif.
Nous n’avons pas oublié les ménages les plus modestes : en 2009, l’Etat a financé 125 000 logements
sociaux, je ne veux pas faire de polémique mais c’est trois fois plus qu’en 2000. Il faut que tout le
monde puisse se loger. Ce gouvernement, le gouvernement de M. FILLON, a en 2009 financé trois
fois plus de logements sociaux qu’il n’en était financé en 2000. Je ne fais pas le procès de ceux qui
étaient là en 2000, je dis simplement que cela ne les autorise pas forcément à critiquer la politique du
logement actuellement mise en oeuvre.
C’est également pour protéger ces Français les plus exposés à la crise que nous avons versé près de 2
Mds€ au titre de la prime de solidarité active et que 5 millions de ménages ont bénéficié en 2009 d’un
allègement des deux-tiers de leur impôt sur le revenu.
Mes chers compatriotes, c’est mon devoir de le dire : en 2009, malgré la crise, le pouvoir d’achat a
continué à progresser. Ce n’est pas moi qui le dis. Ce sont les statistiques qui le disent. Ce n’est pas
rien. Nous sommes la cinquième puissance économique du monde, je ne dis pas qu’il n’y a pas de
petits salaires, je ne dis pas qu’il n’y a pas de problèmes avec trop de chômeurs, mais le pouvoir
d’achat a continué à progresser pendant la crise. Depuis le début de la crise, d’ailleurs, la
consommation des ménages n’a jamais baissé en France puisqu’elle a augmenté de 0,7%, alors que
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dans l’ensemble de la zone euro, elle a diminué de 1%, et même de près de 2% en Italie et 3% au
Royaume Uni.
Je ne m’en satisfais pas, mais imaginez que ce soit le contraire et que le pouvoir d’achat des Français
et la consommation des ménages aient baissé en France et augmenté chez les autres. Que viendrait-on
me dire aujourd’hui ? Ne serais-je pas désigné comme le premier responsable ?
Tout le monde le reconnaît : la France a mieux résisté que les autres pays. Les instituts de conjoncture
prévoient que nous terminerons l’année 2009 avec une récession un peu supérieure à 2% en France.
En Allemagne, la récession sera de 5%. Au Royaume-Uni, de 4,6%. Je ne me satisfais pas de ces
résultats mais, en même temps, je vous pose la question mes chers compatriotes : si je venais présenter
mes voeux aux forces économiques de la nation en disant : « on est très contents, on a une récession
deux fois supérieure à celle de l’Allemagne », que me diriez-vous ? J’ajoute que l’année prochaine,
tous les instituts nous prévoient une croissance un peu supérieure à 1%. Je ne m’en satisfais pas, mais
nous venons de -2. Et cela nous permet de dire que la récession sera terminée.
Quelle est ma priorité ? Réhabiliter le travail. Je continuerai à porter cette politique de réhabilitation
du travail. Nous avons mis fin au carcan des 35 heures. Ce n’est pas une question idéologique. Le
problème de la France n’est pas que nous travaillons trop, mais qu’on ne travaille pas assez. Le
problème extraordinaire des 35 heures, c’est que nous avons été les seuls à utiliser cette politique.
Aucun un autre pays ne l’a fait. Comment voulez-vous, face à cela, que notre économie puisse s’en
sortir ? Nous avons détaxé les heures supplémentaires. Nous avons supprimé les droits de succession
comme je l’avais promis. Et je l’ai fait parce que je crois au travail et que je crois à la famille. Ce sont
des valeurs structurantes de notre société. Et je continue à penser que lorsqu’on a travaillé toute sa vie,
payé des impôts toute sa vie, il est normal de pouvoir transmettre à ses enfants le fruit d’une vie de
travail en franchise d’impôt. Je l’avais promis, nous l’avons tenu. Que ceux qui ne sont pas en accord
avec cette politique – et c’est leur droit – annoncent aux Français qu’ils rétabliront les droits de
succession si vous leur confiez la responsabilité. Faisons ce débat, je l’attends avec sérénité.
De la même façon, nous avons mis en place le RSA parce qu’on se trouvait dans cette situation
invraisemblable que quelqu’un qui reprenait un emploi alors qu’il était au RMI se trouvait désavantagé
parce qu’il avait repris un emploi. Maintenant, on peut cumuler les aides sociales et le salaire d’un
emploi. Nous avons réformé la formation professionnelle parce que la formation professionnelle avait
comme priorité d’aider les cadres supérieurs dans les grandes entreprises, alors qu’il faut aider d’abord
les salariés les moins qualifiés dans les secteurs de plus grande difficulté et les plus jeunes.
L’égalité, mes chers compatriotes, ce n’est pas l’égalitarisme, ce n’est pas le nivellement par le bas. La
justice, ce n’est pas l’assistanat et le maintien dans la dépendance de ceux à qui nous devons tendre la
main. De la même façon, la fraternité, ce n’est pas la condescendance, ce n’est pas la charité. La
fraternité, c’est reconnaître en l’autre son semblable en dignité et vouloir que son prochain puisse
vivre debout, du fruit de son travail. Voilà la fraternité que je souhaite pour notre pays.
Revaloriser le travail c’est donc toute la question de l’emploi dont s’occupe Laurent WAUQUIEZ.
Nous avons débloqué des financements sans précédent en 2009 : 13 Mds€ en plus, nous
recommencerons en 2010.
Le nombre des Français concerné par les mesures que nous avons prises est d’une ampleur inégalée.
Deux millions de Français en ont bénéficié. C’est l’activité partielle, c’est le dispositif « zéro charge »
pour l’embauche de jeunes de moins de 26 ans par les TPE, ce sont les contrats en alternance et c’est,
par ailleurs, un texte que portera Hervé NOVELLI très important à mes yeux et qui concerne
l’ensemble des artisans français. Je veux que nous réparions cette injustice extraordinaire qui fait que
lorsqu’une entreprise tombe en faillite, les dirigeants ne sont poursuivis que sur les biens de
l’entreprise. Quand il arrive un problème à un artisan ou un commerçant, on vient le chercher sur ses
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biens personnels mettant ainsi en danger sa propre famille. Eh bien, au mois de février, Hervé
NOVELLI et Christine LAGARDE défendront un texte au Parlement au terme duquel désormais les
artisans et commerçants seront protégés sur leur patrimoine personnel s’ils ont des difficultés dans leur
vie d’artisan et de commerçant. Il n’y a pas de raison qu’il n’y ait que les grandes entreprises qui
soient protégées et que les petites entreprises, les artisans et les commerçants, dont on a tellement
besoin pour le tissu économique du pays, se voient ruinés parce qu’ils ont un retour de fortune sur le
plan professionnel.
*
Mesdames et messieurs, j’ai essayé de faire en sorte que jamais, tout au long de l’année 2009, nous ne
perdions le fil du long terme parce que les maux qui touchaient notre économie étaient profonds. De
quoi souffrait l’économie française ? De ne pas assez travailler, - à cause des 35 heures -, de ne pas
assez investir, - à cause des charges qui pèsent sur les entreprises - de ne pas assez préparer l’avenir, -
à cause d’une incapacité à envisager plus que le présent. J’ai décidé de rompre avec ces véritables
fléaux de l’économie française qui avaient conduits à quoi ? A perdre des industries, à perdre de la
compétitivité et à perdre des parts de marché à l’exportation, - Anne-Marie IDRAC pourrait en parler
mieux que moi.
Il était donc urgent de rétablir la compétitivité de nos entreprises. C’est la raison pour laquelle nous
avons triplé le crédit impôt-recherche qui est aujourd’hui le dispositif de ce type le plus puissant dans
le monde.
Autre polémique, fallait-il créer un véritable fonds souverain français ? Que n’ai-je entendu quand
nous avons proposé cette stratégie, Christine ? Que n’ai-je entendu ? Que je devenais étatiste. Quel
était mon problème à ce moment là ? Les marchés boursiers s’étaient effondrés, et je ne voulais pas
que la France se réveille avec le fleuron de ses entreprises petites, moyennes ou grandes qui auraient
été ramassées à vil prix profitant d’un marché boursier dégradé. Est-ce que vous auriez été heureux de
voir des capitaux étrangers devenus propriétaires de vos entreprises dans la région ou en France, parce
que le marché boursier avait soudainement perdu 70% de sa valeur ?
J’ai donc décidé de constituer un fonds souverain à la française doté de 2 Mds€ pour investir dans
cette région même, je le dis à mon ami Christian BECHU, dans cette région même le FSI a investi.
Dans les chantiers de l’Atlantique, nous avons investi 100 millions d’euros, pris 34 % du capital. Cette
région a besoin des chantiers de l’Atlantique. Je crois à l’avenir des chantiers de l’Atlantique et je ne
les laisserai pas tomber parce qu’il y a un savoir faire ouvrier extraordinaire. Si nous n’avions pas pris
cette participation, est-ce que vous auriez été rassurés de voir comme seul partenaire capitalistique les
Coréens ? Moi, je sais qu’il faut des décennies pour créer le savoir faire des chantiers de l’Atlantique
et qu’il faut quelques semaines pour le voir partir et après mes chers compatriotes, il n’y a plus rien,
plus rien. Nous avons investi dans l’équipementier aéronautique DAHER, 69 millions d’euros, soit 20
% du capital. Nous avons investi dans une autre entreprise de pointe de votre région comme
MECACHROME, 30 millions d’euros. Pour chacune de ces entreprises, le FSI a préservé des
compétences et protégé des emplois. Nous n’avons pas vocation à rester dans ces entreprises, que les
choses soient claires entre nous. Nous y resterons autant de temps qu’il faut pour stabiliser l’avenir de
ces entreprises. Nous revendrons nos participations le moment venu, et pour l’Etat, ce sera un
bénéfice. Mais je vous le dis, je crois que l’argent public est mieux investi à préserver des emplois et
une capacité industrielle plutôt qu’à payer des gens à rester chez eux à ne rien faire parce que cela
c’est un sacrifice social et je ne peux pas m’y résoudre.
Depuis 2007, j’observe que la France a signé chaque année deux fois plus de grands contrats à l’export
que durant les dix années précédentes, deux fois plus.
Par ailleurs, et je le dis aux élus, concernant la suppression de la taxe professionnelle à partir du 1er
janvier 2010, - que les choses soient claire entre nous -, j’ai bien vu qu’il y avait eu de la polémique,
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j’ai bien vu qu’il y avait eu des difficultés. J’en assume la totale paternité. Pourquoi ? Parce qu’une
usine cela se délocalise, une collectivité locale, non. Et si j’ai un choix à faire, c’est le choix de
l’industrialisation de notre pays. Quand j’ai fait campagne pour l’élection présidentielle, partout en
France on m’a dit : Monsieur SARKOZY le premier problème c’est celui des délocalisations. Alors
mes chers compatriotes, je vous pose la question : la taxe professionnelle n’existe que dans notre pays.
Elle frappait d’abord les investissements. Comment voulez-vous que des gens développent des usines
dans notre pays si la récompense du développement d’une usine dans notre pays, c’est une taxe
professionnelle qu’ils ne paieront pas une fois qu’ils franchissent la frontière. Est-ce que cette
politique est raisonnable ?
Depuis 30 ans, tout le monde était d’accord pour dire que la taxe professionnelle était un impôt
antiéconomique. Savez-vous que la France a perdu 500 000 emplois industriels sur les dix dernières
années. Dois-je assister les bras croisés à ce phénomène ? Dois-je simplement aller dans les usines
pour que les ouvriers pleurent sur mon épaule ? Ou est-ce que je dois réagir ? Je me dois de réagir.
François Mitterrand parlait de la taxe professionnelle, je cite : un « impôt imbécile ». Deux mandats.
Mon prédécesseur avait annoncé, le 7 janvier 2004, la suppression de la taxe professionnelle, il y a 6
ans. Je l’ai décidée.
Il y a eu un long travail avec les parlementaires pour y parvenir. Mais cela veut dire que les entreprises
bénéficieront d’un allègement de leur trésorerie de 12 milliards en 2010 et à terme un allègement
annuel d’impôts de 6 milliards. Alors on me dit : vous faites des cadeaux aux entreprises et vous
oubliez les ménages. Mais de grâce, mes chers compatriotes, je vous demande de sortir de ce schéma.
S’il n’y a plus d’entreprises en France, qui vous proposera des emplois ? Pourquoi opposer l’intérêt de
vos entreprises à l’intérêt des salariés si, à Cholet, dans cette région, il n’y a plus d’entreprises. Où
trouverez-vous de quoi nourrir votre famille et qui vous emploiera ? C’est absolument indispensable.
Il n’y avait pas d’autre solution. Je ne prendrai qu’un seul exemple : le constructeur automobile Smart
a décidé que la Smart électrique se construira en Lorraine parce que nous avons supprimé la taxe
professionnelle. Charles De Gaulle à Cholet, il y a 45 ans, disait, je cite : je souhaite que « notre
industrie continue de se développer, qu’elle s’étende, qu’elle se perfectionne, (…), et qu’elle répartisse
de belles usines, modernes, neuves, sur toute la surface du territoire. ». Je n’ai rien à ajouter. Je signe
et je persiste, mais il ne s’agit pas de discours, il s’agit de prendre des décisions pour que cette
politique rentre dans les faits.
Nous avons également décidé un plan d’investissement national, le grand emprunt. Mais je veux être
très honnête avec vous, mes chers compatriotes, même s’il n’y avait pas eu la crise, nous aurions dû
investir dans notre potentiel universitaire, dans notre appareil de recherche, dans nos filières
industrielles, dans nos technologies. Comment voulez-vous que la France reste un grand pays du
monde si nous n’avons pas les meilleures universités, si nous ne donnons à nos laboratoires les
moyens de trouver les médicaments de demain, les technologies de demain ?
Depuis 20 ans, nous avons systématiquement coupé dans les investissements pour dépenser dans les
dépenses courantes, c’est tellement plus facile mais cela ne prépare pas l’avenir.
Si nous voulons être parmi les économies qui comptent dans 20 ans, si nous voulons que nos
universités soient classées parmi les meilleures du monde, si nous voulons gagner la bataille de la
connaissance, si nous voulons rester à la pointe de la recherche, si nous voulons entrer de plein pied
dans la société numérique, si nous voulons participer à la croissance verte, mes chers compatriotes
nous n’avons pas le choix, nous devons investir. Mais à Cholet, vous le comprenez, vous avez
surmonté la crise du textile, comment ? En développant de nouvelles industries, dans l’optique de
pointe, la logistique, et les biotechnologies Monsieur le Député-maire. Cette capacité à se réinventer,
voilà la force que je veux donner à la France.
Nous avons donc décidé 35 Mds€ d’investissements publics sur 5 secteurs majeurs. Avec les
compléments des investissements privés, c’est 60 Mds€ d’investissements pour préparer l’avenir.
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D’ailleurs, mes chers compatriotes, la réponse à la crise, c’est d’avoir des projets, c’est de donner une
espérance, c’est de ne pas rester assis sur sa chaise en disant : mon Dieu, il n’y a que des catastrophes.
Si j’arrive déprimé, cela va vous faire du bien ? Il faut avoir des projets. C’est justement parce qu’il y
a la crise que l’on peut s’en sortir en étant plus imaginatif que les autres, plus audacieux, en prenant
des risques. Le fameux classement des universités de Shanghai, cela fait 20 ans que chaque année on
dit : c’est dommage, on a encore reculé. On peut continuer 20 ans comme cela. Ce n’est pas le choix
que j’ai fait. Les universités sont autonomes et nous leur donnons des moyens pour qu’elles puissent
avoir les meilleurs chercheurs, les meilleurs programmes et que vous-mêmes, pour vos enfants, vous
ayez demain les meilleures universités. En 2009, il y a eu deux mois de grèves et d’occupation mais
aujourd’hui ils ont compris que quand c’était l’essentiel, je ne voulais pas céder, pas pour des raisons
idéologiques mais parce que c’est leur avenir qui est en cause, parce qu’il s’agit pour vous d’avoir les
meilleures universités. Pourquoi les meilleures universités seraient-elles simplement aux Etats-Unis
avec seules les familles aisées qui puissent y envoyer leurs enfants ? Pourquoi les meilleures
universités ne seraient-elles pas sur nos territoires ? Parce qu’elles n’avaient pas l’autonomie, parce
qu’elles n’avaient pas les moyens. Nous avons décidé de leur donner l’autonomie et les moyens.
Je sais bien qu’il y a aussi le problème de l’équilibre de nos finances publiques. Je ne veux pas évacuer
ces questions. Vous savez sur ma table de travail, j’ai le choix des problèmes ! Franchement, en
matière de piles, il y a tout ce qu’il faut. Mais je veux redire que pour rétablir l’équilibre de nos
finances publiques, je refuse la solution de l’augmentation des impôts. Nous avons 40% de taux de
prélèvements obligatoires, nous sommes parmi les pays où les impôts pèsent le plus lourd sur
l’activité. Si la solution n’est pas d’augmenter les impôts mes chers compatriotes, quelle est-elle ? Et
bien la solution est de diminuer le poids de la dépense publique. Il n’y a pas le choix. La dépense
publique représente la moitié de notre richesse nationale, 10 points de PIB de plus que chez nos amis
allemands, mais, que je sache, l’Allemagne n’est pas sous-administrée et ils ont 10 points de richesse
nationale de moins consacrés à la dépense publique. Parmi les pays de l’OCDE, nous détenons,
désormais le record du niveau de dépense publique par rapport au PIB.
Depuis 30 ans, les créations d’emplois dans la fonction publique, ont progressé de 36 %. Je vais dire
des choses qui ne vont pas faire plaisir mais c’est mon devoir de les dire. Les effectifs de l’Etat ont
augmenté de 14 %, et ceux des collectivités locales de 74 %.
Dès mon élection, j’ai mis en place la règle du non remplacement d’un fonctionnaire sur
deux, qui nous a permis de supprimer 100 000 postes de fonctionnaires en deux ans et demi. Jamais
un tel effort n’avait été réalisé. Je ne peux pas accepter que l’essentiel de la richesse que nous créons
chaque année serve à financer les dépenses publiques. Nous devons dépenser moins et mieux, pour
améliorer l’efficacité de nos services publics.
Je vous demande de considérer que ce n’est pas une question de gauche ou de droite. Que ce n’est pas
une affaire d’idéologie, c’est une question de bon sens, c’est une exigence qui s’impose à tous et que
commande l’intérêt général. Allez, je vais faire un souhait pour 2010. J’aimerais parfois un peu plus
de sens de l’Etat, de souci de l’intérêt général, en somme un peu plus d’honnêteté et d’esprit de
responsabilité, de la part de ceux qui, sans partager tous les choix de la majorité, gagneraient à se
montrer capables d’unir leurs efforts aux nôtres quand l’essentiel est en jeu. Qui peut prétendre
aujourd’hui comme demain gouverner la France, en soutenant que notre pays peut continuer à
augmenter le nombre des fonctionnaires. Qui peut soutenir que nous pouvons continuer à augmenter
les dépenses courantes ou continuer à augmenter les impôts ? Il faut être sérieux. Il faut dire la vérité
aux Français. C’est l’engagement que j’ai pris devant vous.
Dès la fin de ce mois, je réunirai une conférence sur le déficit public pour aborder ces sujets avec les
représentants de l’Etat, de la sécurité sociale et des collectivités locales. J’ajoute que j’assume mes
responsabilités, la réforme des collectivités territoriales, je la conduirai jusqu’au bout. C’est vrai, nous
allons diminuer par deux le nombre d’élus. C’est vrai, nous allons mettre de la cohérence entre
département et région. Est-ce que franchement on a besoin d’élus départementaux et d’élus régionaux
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qui s’ignorent ? Qui comprend quelque chose à l’organisation administrative française telle qu’est
aujourd’hui ? Communes, communautés de communes, départements, régions, Etat, Europe. Cela fait
30 ans que l’on en parle. J’ai décidé d’y apporter une solution. Parce que mon devoir, c’est d’affronter
les problèmes de la France. Je ne dis pas qu’on a raison, je ne dis pas que j’ai raison. Je demande
simplement un peu d’honnêteté pour participer à un débat démocratique. Que chacun fasse valoir ses
arguments. Mais on ne peut pas dire « c’est pour demain » ou « c’est pour plus tard ». C’est
maintenant qu’il faut agir.
Il en va de même pour la préservation de notre planète. La aussi, je prends mes responsabilités. La
contribution carbone est une mesure juste, c’est une mesure efficace et c’est une mesure indispensable.
Pourquoi mes chers compatriotes ? Parce que si on ne fait reposer notre fiscalité que sur le travail et
sur le capital, on ne s’en sortira pas. Je veux que nous choisissions une autre voie. Et si nous taxions la
pollution pour alléger la fiscalité sur le travail ? Pour les ménages, cela constituera une forte incitation
à consommer moins d’énergies polluantes, mais ça ne se traduira par aucune augmentation d’impôts
puisque cette contribution leur sera intégralement reversée. S’agissant des industries lourdes, nous ne
les avions pas assujetties à cette taxe parce qu’elles sont déjà soumises au système de quotas européen.
Les décisions du Conseil constitutionnel sont intervenues et je dois trouver un équilibre. Je n’ai pas
l’intention non plus de faire cadeau aux concurrents de la France pour que demain en France, on ne
puisse plus produire d’acier et qu’il soit produit exclusivement en Chine ! Je dois penser à cela aussi.
On a martyrisé dans les années 60 la Lorraine, en lui expliquant qu’il y avait trop d’acier. On s’est
trouvé malins il y a 3 ou 4 ans quand il n’y en avait pas assez. Je veux que la France reste une terre de
production.
Jean-Louis BORLOO présentera un nouveau dispositif au conseil des ministres du 20 janvier, qui sera
soumis à concertation et la taxe carbone s’appliquera au 1er juillet. Je dis d’ailleurs que je me battrai
pour que l’Europe se dote d’une taxe carbone aux frontières. Et je le dis aux industriels, aux chefs
d’entreprises qui sont ici. C’est simple à comprendre. Je suis pour la liberté du commerce, mais je ne
vois pas pourquoi il faudrait imposer des contraintes environnementales à nos entreprises et accepter
d’importer des produits fabriqués dans des pays où on ne respecte aucune contrainte
environnementale. Les pays qui ne respecteront pas les contraintes environnementales que nous
respecterons, nous taxerons leurs produits aux frontières de l’Europe avec une taxe carbone. La
concurrence oui, mais une concurrence loyale. On ne va pas ajouter le dumping environnemental au
dumping social.
2010 sera par ailleurs une année essentielle pour la politique européenne. Enfin l’Europe s’est dotée
d’institutions. Et comme je vous l’avais promis en 2009, nous avons mis fin au scandale des paradis
fiscaux. Fantastique la course actuelle, je le dis sous contrôle d’Eric WOERTH, de tous ces pays qui
veulent signer une convention fiscale avec la France. On leur demande pourquoi ils ne l’ont pas fait
avant ! Vous savez qu’ils doivent en signer 12 pour ne pas être sur la fameuse liste noire que j’ai
exigée. Mais on est passé près de la faillite mondiale parce qu’il y avait ces paradis fiscaux. Je
n’accepterai pas que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Idem pour les bonus effrayants.
On voit des établissements qui étaient au bord de la faillite et qui recommenceraient à verser des
bonus ? Un an après ! Je ne l’accepterai pas. Et Mme LAGARDE et M WOERTH, au début du mois
de février, dans la loi de finances rectificative, institueront une taxe de 50% sur les bonus distribués
aux traders. Pas sur eux, sur les banques. Il faut savoir ce que l’on veut. Je l’avais promis, nous le
faisons. Et je suis très heureux de voir que le Premier ministre britannique a décidé de le faire
également à la City.
L’Europe, si elle a une volonté, peut imposer son modèle au monde. Mais nous devons avoir cette
volonté et nous devons montrer l’exemple. Il restera un problème absolument considérable, que je
porterai tout au long de cette année, celui des disparités monétaires. Qu’on ne vienne pas me dire que
c’est un problème d’économistes auquel les Français ne comprennent rien. C’est faux. Ici, à Cholet,
vous comprenez bien que si l’on fabrique en zone euro et qu’on vend en zone dollar, avec le dollar qui
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tombe et l’euro qui monte, comment voulez-vous compenser le déficit de compétitivité ? Cette
question doit être au centre des débats internationaux.
Je voudrais terminer par un mot sur le Sommet de Copenhague. Je ne partage pas l’analyse qui a été
faite par tous les observateurs. Copenhague, c’est infiniment mieux que Kyoto. A Kyoto, mes chers
compatriotes, 35 pays ont signé. Donc les règles de protection de l’environnement s’appliquaient sur
35 pays. Il n’y avait pas l’Inde, pas la Chine. Il n’y avait même pas les Etats-Unis d’Amérique. A
Copenhague, 192 pays ont signé. J’aurai préféré qu’ils aillent plus loin, mais à 192, cela a quand
même plus d’allure qu’à 35 ! Et si j’avais refusé le compromis de Copenhague, on se retrouverait avec
les Etats-Unis, la Chine et l’Inde libres de toute obligation. Il faut préserver la planète. Mais je dois
aussi préserver les emplois chez nous. On ne peut pas être les seuls à taxer nos entreprises et nos
compatriotes et laisser faire ailleurs. Et c’est donc dans cet équilibre que nous allons conduire les
choses.
Voilà mes chers compatriotes. Je vous demande d’être confiants. Je vous demande de ne pas avoir
peur de l’avenir. La peur n’est pas bonne conseillère. Nous savons ce qu’il faut faire pour faire partie
du peloton de tête des nations qui compteront au XXIème siècle. Notre pays va dans la bonne
direction. Nous avons enrayé la chute de notre compétitivité. Nous recommençons à prendre des parts
de marché. Nous allons renouer avec la croissance positive. Nous avons engagé des réformes de fond
considérables, l’université –j’en ai parlé -, le lycée où Luc CHATEL a fait un travail remarquable, la
recherche, la justice, l’hôpital - chère Roselyne BACHELOT. Un million cent mille personnes, ce
n’est pas si facile de conduire cette réforme. Et elle était, ô combien, nécessaire. Elle a été faite avec
beaucoup de courage. Nous libérons les énergies. Nous allons continuer dans cette direction et je me
battrai à chaque minute pour que l’économie française se modernise. Je l’ai dit dans mes voeux aux
Français, je ne suis pas un homme qui renonce à la première difficulté. Je me suis trompé. Je ne
renonce pas davantage à la seconde. Parce que si on ne veut pas d’ennuis, il vaut mieux ne pas être
président de la République. Et je souhaiterai simplement un débat plus utile pour les Français. Où il y
ait moins d’injures, moins d’antagonisme. Que chacun propose ses solutions et que vous choisissiez.
Vous savez, les questions que la France a à affronter ne sont pas si simples. Il n’y a pas de vérité
unique, mais je ne me satisfais pas des choses telles qu’elles sont aujourd’hui. Je dois expliquer sans
relâche pour que vous compreniez où nous allons. Vous réconcilier avec le travail. Et vous permettre
d’être plus compétitifs.
Qu’il me soit permis en conclusion, de souhaiter pour chacun d’entre vous, pour vos familles, pour
ceux que vous aimez, une bonne année 2010, je ne dirai pas une année qui vous épargne les épreuves,
parce que je pense que vous ne me croiriez pas. Et vous auriez raison. Mais une année qui vous donne
la force personnelle d’affronter les épreuves que chaque famille doit affronter. Que chaque homme,
chaque femme doit affronter dans sa vie.
Mes chers compatriotes je vous souhaite beaucoup de bonheur et beaucoup de dynamisme pour les
forces économiques de la nation. La France a besoin de vous, la France a besoin que vous investissiez,
que vous préserviez les emplois et que vous en puissiez en créer.
Je vous remercie.
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7-1-2010 Voeux du Président de la République au monde de la Culture
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Mesdames, Messieurs,
J’ai tenu, comme l’an dernier, à adresser des voeux particuliers aux acteurs de la vie culturelle. J’ai
même voulu cette année m’adresser à vous parmi les premiers parce que je veux en faire un symbole.
Je l’avais dit en 2009 à Nîmes, je le redis à Paris devant vous ce soir : la soif de culture n’a jamais été
aussi forte, le besoin de repères, d’évasion, de plaisir aussi. La crise ne fait que l’aiguiser, et quand je
parle de crise, je n’évoque pas seulement les difficultés économiques et sociales qu’ont affrontées les
Français ces deux dernières années, je vise l’épuisement d’un modèle de développement hérité de la
révolution industrielle. Au moment où tout permet de penser que la croissance va revenir, il nous faut
construire un monde nouveau et l’une des réponses à la crise c’est la culture.
J’ai voulu vous présenter mes voeux à la Cité de la musique, dans ce Parc de la Villette au coeur du
grand Paris, qui illustre pleinement la richesse et la diversité de notre culture, son ouverture au
monde, son intégration à la nature et son ancrage dans le futur de la révolution numérique. Le bilan de
l’année écoulée confirme cette vitalité. Les musées nationaux ont été pris d’assaut, en dix ans nous
avons doublé leur fréquentation, et deux millions de jeunes ont bénéficié de la gratuité d’accès en
2009. Je connais les débats sur la gratuité, mais je pense qu’on investit bien en ouvrant les musées aux
jeunes, parce que ce sont les publics de demain. Il faut avoir un peu d’ambition. La FIAC a aussi défié
la crise, en attirant à Paris des marchands et des collectionneurs du monde entier. Nos cinémas ont fait
salle comble et je m’en réjouis, avec plus de 200 millions d’entrées, revenant au seuil historique
jamais atteint depuis plus de 25 ans grâce à la qualité de nos films, grâce aussi au numérique et au
relief qui marque une nouvelle révolution dans le septième art.
La culture, ce sont des lettres plus que des chiffres, des émotions et non des statistiques. Je ne cèderai
pas à la litanie des bons points, mais il suffit de lire la presse étrangère pour savoir que les
programmations de nos grandes institutions sont exemplaires et souvent novatrices.
2009 a vu aussi la mise en chantier de grands équipements culturels: le Centre des Archives
Nationales de Pierrefitte sur Seine, l’antenne du Louvre à Lens, en attendant l’antenne du Centre
Pompidou à Metz que j’inaugurerai dans quelques mois, le Musée des Civilisations de la
Méditerranée à Marseille, la métamorphose de la Maison de Radio France ou encore la création de la
Philharmonie de Paris, qui va apporter à notre Capitale la grande salle de concert qui lui faisait défaut,
et dont vous pouvez admirer les fondations à quelques mètres d’ici.
Enfin des réformes législatives importantes lancées dès 2007 sont devenues des réalités tangibles.
France Télévisions est désormais libérée de la contrainte publicitaire : j’assume ce choix, sur lequel je
ne reviendrai pas, d’autant que nous avons tenu toutes les promesses de garantie des financements du
service public. France Télévisions est dotée depuis lundi d’une nouvelle organisation : c’était une
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collection de chaînes autonomes, c’est maintenant un groupe intégré, un « média global ». Des
accords « sur mesure » entre les producteurs et les chaînes de télévision ont remplacé les « décrets
Tasca », qui avaient fait leur temps. Le Code du cinéma et le CNC ont accompli leur plus grande
réforme depuis 1946. La loi HADOPI est entrée en vigueur, j’y reviendrai. La réforme du marché de
l’art a été votée au Sénat et je souhaite son adoption définitive au premier semestre 2010, c’est capital
pour la France. Le régime du mécénat a été amélioré. Le crédit d’impôt destiné à attirer les tournages
de cinéma en France est opérationnel, il est déjà utilisé par de grands cinéastes. Le plan livre a été
appliqué, tout comme la plupart des préconisations issues des états généraux de la presse.
*
Vous n’êtes pas venus pour m’entendre parler de 2009, vous m’attendez sur 2010. Je voudrais
d’abord vous dire que dans mon esprit le rôle du chef de l’Etat est d’être le protecteur des arts et le
défenseur de la culture. Ce rôle, je le revendique et je l’assume, y compris et surtout en ces temps
difficiles qui obligent à faire preuve de créativité et à changer nos habitudes de penser. Le devoir
éminent du Chef de l’Etat est de veiller à la vitalité et à l’épanouissement de la culture. Quelles sont
nos priorités?
D’abord le chantier du Grand Paris. C’est un chantier éminemment culturel. J’installerai dans un mois
nos dix équipes d’architectes urbanistes dans un Atelier international qui sera créé au Palais de Tokyo
en association avec les collectivités locales concernées. Dans cet Atelier situé au coeur de la « Colline
des Arts» sera dessiné le visage du nouveau Paris. C’est un chantier pour dix ans, au moins. Dans
l’économie de la connaissance c’est l’attractivité des grandes métropoles internationales qui décide de
leur compétitivité et non pas l’inverse. C’est ce qui doit nous conduire à remettre les architectes et les
créateurs au coeur de la modernisation de nos villes. Il nous faut abolir les frontières, y compris
mentales, qui coupent Paris en deux et isolent le coeur de ses membres. Il nous faut embellir et
recoudre de nombreux quartiers, réconcilier la ville et la nature, et faire de notre capacité à créer un
atout majeur dans la compétition internationale. Ce n’est pas parce que le beau est subjectif qu’il faut
mettre le beau de côté. On a fini par avoir une société de « l’administrativement correct », dans
laquelle le seul résultat qui compte est le respect des règlements.
Cette préoccupation pour l’architecture et la qualité du tissu urbain ne doit pas se limiter à Paris,
même agrandi : il faut que toutes les métropoles s’en emparent. C’est pourquoi j’ai voulu que le
pavillon français de la biennale d’architecture de Venise soit consacré cette année, derrière l’étendard
«METROPOLIS», aux métropoles régionales. Après le grand Paris, j’espère qu’il y aura un grand
Marseille, un grand Lyon, un grand Bordeaux, et tant d’autres...
Notre culture doit irriguer les villes et déborder les frontières. En 2009 nous avons connu une saison
française exceptionnelle au Brésil, un pays ami de la France avec lequel j’ai voulu nouer un véritable
partenariat stratégique qui inclut pleinement la dimension culturelle.
Après le lancement réussi de la saison turque en France en octobre dernier avec le Président Gül, nous
lancerons le mois prochain l’Année Croisée France-Russie : la France sera fêtée en Russie en même
temps que la Russie en France. L’exposition «Sainte Russie» au Louvre sera un des temps forts de
cette Saison. Le thème de cette exposition a pu faire grincer quelques dents. Pour moi il apparaît
pourtant comme l’affiche d’un projet plus vaste, celui de créer au Louvre un département consacré
aux arts des chrétientés d’orient, des empires byzantins et slaves. C’est un très beau projet, que je
souhaite voir aboutir rapidement. De la même façon j’ai été très fier d’inaugurer en 2009 le très beau
département des arts de l’Islam, décidé par mon prédécesseur Jacques Chirac.
C’est la vocation d’un musée universel comme le Louvre, c’est la mission d’un pays tel que la France,
de s’ouvrir à toutes les cultures, de les accueillir toutes sur son sol, et de les promouvoir à l’étranger.
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Au-delà de l’Europe, je suis persuadé que l’Union pour la Méditerranée se tissera largement dans la
culture. Il faut pour cela mobiliser aussi bien les archéologues que les créateurs d’aujourd’hui. Avec
Abou Dhabi, pays neuf, nous créons un Musée universel sur le modèle du Louvre. Avec Damas, ville
peuplée depuis plus de 10 000 ans, nous allons construire un partenariat très différent mais qui
illustrera l’histoire de ce pays et de cette région en valorisant un patrimoine unique. On sait que c’est
en Mésopotamie qu’est née la civilisation urbaine, et c’est dans cette grande région que sont apparues
les trois religions qui ont largement façonné notre monde. En renouant avec l’époque des grandes
missions archéologiques, nous allons mettre en évidence la richesse et la complexité des liens qui
unirent l’orient et l’occident depuis plusieurs millénaires. Nous n’allons pas le faire par nostalgie du
passé, mais pour mieux construire l’avenir.
Au-delà de la Méditerranée, tous nos partenariats stratégiques incluront un volet culturel. L’Institut
Français, nouvelle agence culturelle qui prendra la succession de Culture France, y veillera. J’ai
évoqué l’année croisée Franco-Russe, d’autres événements méritent une mention spéciale :
l’exposition universelle de Shanghai, où la France sera représentée par un Pavillon ambitieux dessiné
par Jacques Ferrier. Plus au sud, en Australie, le Musée d’Orsay expose pour la première fois de
l’histoire nos plus grands chefs d’oeuvre de l’impressionnisme. Nous serons également très présents à
Singapour, qui construit plusieurs musées avec le concours d’architectes français, ainsi qu’en Inde où
je me rends bientôt.
*
En 2010 comme en tout temps la culture n’est pas là pour nous «divertir», c’est une vigie fidèle qui
nous prémunit de tout ce qui peut porter atteinte à notre humanité et qui nous aide à nous élever.
J’ai souhaité qu’Albert Camus entre au Panthéon. Je pense que c’est le devoir de la France de rendre
hommage à ce grand écrivain, qui a témoigné sans relâche qu’il n’était aucune idée qui méritât qu’on
y sacrifiât la vie d’autres hommes, et que cette conviction méritait en revanche qu’on y sacrifie sa vie
propre, comme le firent tant de Résistants à la suite de l’Appel du 18 juin dont nous célébrerons en
2010 les soixante-dix ans. La seule parade à toutes les formes de terreur et de terrorisme est de
garantir la liberté de pensée et de conscience, et cette liberté s’acquiert par la culture. J’ai proposé aux
enfants d’Albert Camus que leur père repose au Panthéon, il leur appartient de répondre. De mon
point de vue, en tant que chef de l’Etat, ce ne serait que justice de rendre ainsi hommage à celui qui
ne s’est jamais trompé de combat ni de révolte, quoi qu’en disent les mêmes esprits aigres et
condescendants qui naguère lui contestèrent le Nobel.
Au coeur de cette culture humaniste je place aussi l’Histoire, que nous devons tous connaître pour ne
pas en reproduire les erreurs. J’ai décidé de créer une «Maison de l’Histoire de France» pour que
chacun, Français ou visiteur de passage, puisse comprendre d’où vient la France, d’où vient que nous
sommes français, quelle est notre identité. La Maison de l’histoire de France n’écrira pas je ne sais
quelle «histoire officielle» mais questionnera sans relâche notre Histoire et présentera au public
« nos » histoires de France. Il est normal que les faits donnent lieu à des interprétations variées, il est
souhaitable de multiplier les points de vue, il faudrait même solliciter davantage le regard des
historiens étrangers. En revanche la réalité des faits ne doit pas être ignorée, non plus que le fil
chronologique qui relie les événements les uns aux autres. C’est donc, vous l’avez compris, un projet
qui me tient très à coeur. Frédéric Mitterrand me proposera dans quelques semaines un lieu, un siège
pour cette Maison de l’Histoire, sa “vitrine” en quelque sorte. D’ici au printemps, nous déciderons de
son organisation et de ses équipes.
*
Notre «nouvelle frontière» en 2010, c’est aussi et peut-être d’abord celle de la Révolution numérique.
Le numérique efface les frontières entre les pays mais aussi entre les genres et les registres. En janvier
2009 rappelez-vous, j’avais annoncé à Nîmes un plan de soutien massif au patrimoine physique, doté
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de 400M€ par an pendant dix ans et sans gel, pour restaurer tous nos monuments menacés de ruine.
Les résultats de cet effort inédit sont déjà manifestes: 46 cathédrales ont bénéficié de restaurations en
2009, dont Notre-Dame de Paris, Beauvais et Tours, en attendant Bayeux et Sens en 2010. On peut
citer aussi la restauration des Halles du Boulingrin à Reims, le Fort Saint-Jean à Marseille, la
Passerelle Eiffel à Bordeaux…
C’est la même préoccupation qui m’a conduit à annoncer la restauration et la numérisation de tous
nos patrimoines immatériels : livres, films de cinéma, programmes audiovisuels, archives de presse,
collections ethno-musicales, objets d’art...
Nous allons y consacrer 750M€. C’est un effort considérable dont j’espère qu’il sera augmenté des
contributions de partenaires privés, car les perspectives de rentabilisation sont nombreuses dans la
nouvelle économie du savoir. L’Etat sera présent « en force », car on ne peut accepter que nos
ressources servent uniquement à accroître les revenus des grandes multinationales. Des plateformes
seront mises en place à travers des partenariats public-privé, avec le souci de l’offre mais aussi de la
demande. Qu’il soit lecteur, mélomane ou cinéphile, le public veut accéder instantanément à toute
l’offre de livres, de musiques, de films, quel que soit l’éditeur ou le distributeur.
Le rôle de l’Etat est éminent pour conserver et diffuser les oeuvres du domaine public, mais aussi pour
encourager et réguler des marchés qui peinent à « décoller ». L’effondrement de l’industrie du disque
et les difficultés croissantes de la presse montrent la nécessité d’unir les expertises des acteurs publics
et privés pour tenter de s’adapter aux lois de ce nouvel univers. Il faut des décisions extrêmement
rapides et structurelles. Dès 2007 nous avons lancé des réflexions et des missions sur la musique, le
cinéma, le livre, la presse…
Les modèles économiques doivent évoluer avec les pratiques culturelles mais je reste convaincu qu’il
y a des principes intangibles, à commencer par l’exigence du respect des auteurs. Je ne transigerai pas
avec cette exigence, quelles que soient les pressions. Le droit d’auteur n’est que l’expression d’une
nécessité vitale : chaque auteur doit être libre de disposer de sa création. C’est la France qui a inventé
le droit d’auteur. C’est la France qui a porté dans le monde la question de la protection des auteurs. Si
on ne respecte pas le droit d’auteur, il n’y aura plus de création dans notre pays. Il ne s’agit donc pas
simplement de passer de l’ombre de la caverne physique à la lumière du numérique, il faut aussi éviter
que le numérique nous renvoie à l’âge de pierre des rapports humains en spoliant les artistes du fruit
de leur travail. Si certains artistes veulent mettre à disposition gratuitement leur travail, c’est le droit.
Pour le reste, je ne serais pas à la hauteur de mes responsabilités de protecteur de notre culture, si je
ne faisais pas respecter ce droit. Pour cela il faut déployer une stratégie globale.
Dissuader le piratage – je me demande comment cela peut faire encore l’objet d’un débat - c’est
l’objectif assigné à la « Haute Autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits », la
fameuse HADOPI créée par les deux lois « création et internet ». Je veux rendre hommage à Christine
Albanel et à Frédéric Mitterrand pour avoir défendu courageusement ces lois. Les membres du
Collège de l’HADOPI ont été désignés en décembre, le Ministre de la culture installera la Haute
Autorité demain et les premiers mails d’avertissement seront envoyés dès l’accomplissement des
procédures prévues par la loi. Ces formalités sont longues mais c’est le prix à payer pour la protection
de la vie privée. Entre ceux qui disent, « vous créez un organe liberticide », et ceux qui disent –
souvent les mêmes – « vous construisez une usine à gaz qui ne marchera pas », je préfère la troisième
option : une organisation efficace qui respecte les libertés. Mais je vous le dis, si cela ne suffit pas, je
suis prêt à aller plus loin.
Indépendamment des avertissements aux internautes, la Haute Autorité devra concevoir en
permanence les solutions les plus modernes pour protéger les oeuvres, et pour cela entretenir une
veille et un dialogue permanents avec les acteurs de la filière. Mieux on pourra «dépolluer»
automatiquement les réseaux et les serveurs de toutes les sources de piratage, moins il sera nécessaire
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de recourir à des mesures pesant sur les internautes. Il faut donc expérimenter sans délai les
dispositifs de filtrage.
Il faut également rendre l’offre légale exhaustive et attractive, c’est l’objectif assigné à la Mission
« création et internet » que j’ai confiée l’été dernier à Messieurs Patrick Zelnik, Guillaume Cerutti et
Jacques Toubon. Ils ont fait un très bon travail, et je veux annoncer dès aujourd’hui certaines mesures
importantes.
La meilleure façon de dissuader le piratage, c’est l’offre légale. Elle doit être abondante et attrayante.
Il y a déjà plusieurs millions de fichiers musicaux et plus de 4 000 films disponibles sur les sites
légaux. Les « DRM » bloquants ont été supprimés pour la musique et les films sont désormais
accessibles en vidéo à la demande quatre mois après leur sortie en salle. Ce sont des améliorations
considérables. Mais il manque encore des solutions efficaces pour aider les publics à accéder à
l’oeuvre de leur choix sans se préoccuper de savoir qui édite et qui distribue. La France a le record du
monde du nombre de sites de vidéo à la demande, mais a-t-on un site ou un moteur de recherche
unique pour naviguer dans la totalité des catalogues ? Non ! Aussi ce foisonnement ne sert pas à
grand-chose face aux portails globaux qui se construisent outre atlantique. « L’union fait la force »,
méditons cette formule : il serait utile que les ayants droit référencent sans délai la totalité de leurs
catalogues sur toutes les plateformes mais aussi sur un portail unique qui référencerait l’ensemble de
l’offre disponible. Ne nous plaignons pas que les autres fassent mieux que nous, si nous ne nous
donnons pas les moyens de faire aussi bien qu’eux.
Concernant la musique, l’effondrement du marché du disque et l’absence de décollage de l’offre
numérique impliquent un effort collectif supplémentaire. Je fais mienne la proposition de la Mission
« Création et internet » qui consiste à fixer un délai d’un an aux producteurs pour qu’ils négocient les
droits et « libèrent » leurs fichiers musicaux sur toutes les plateformes. Faute de le faire, la
négociation des droits relèverait par la loi de la gestion collective obligatoire par l’entremise des
sociétés civiles. Je sais que cette mesure ne fera pas plaisir aux producteurs, je suis prêt à les recevoir
et à en parler avec eux, mais chacun doit faire un effort.
Je demande aussi au Gouvernement et en particulier à Frédéric Mitterrand, d’expertiser les autres
mesures d’aides à la musique proposées par le rapport de la Mission, en vue de leur mise en oeuvre
rapide. Je retiens notamment la proposition qui consiste à réhabituer les jeunes à acheter ce qu’ils
écoutent. Vous savez, j’en ai tellement entendu qui pariaient dans la presse sur la gratuité de
l’information… La réalité est allée au delà de ce qu’ils souhaitaient : ils ont habitué leurs lecteurs à ne
pas acheter, et ils se plaignent maintenant qu’ils ont de moins en moins de lecteurs payants. Il ne
suffit pas de dire “numérique” pour qu’il n’y ait plus de règles. Ce sont les mêmes producteurs et les
mêmes consommateurs, ce qui change avec internet, c’est le média. A quoi cela sert-il de faire des
règles pour tous les médias sauf pour celui-ci? La déréglementation financière a conduit le monde au
bord du gouffre. Tirons-en la conséquence qu’en matière culturelle elle n’est pas la panacée. C’est
assez simple à comprendre.
Il faut donc réhabituer les jeunes à acheter leur musique : je souhaite la mise en place de la « Carte
Musique » - dont le montant serait par exemple fixé à 200€ de potentiel d’achat – et l’Etat apporterait
la moitié du coût d’achat. Il faut absolument recréer un marché. J’ajoute qu’acheter de la musique,
c’est un bon investissement, au-delà du plaisir ressenti. Je souhaite que cette « Carte Musique » pour
les jeunes entre en vigueur au plus vite, d’ici l’été 2010. Pour toutes les musiques naturellement.
Une offre abondante, des prix réduits, des sites ergonomiques et des offres attrayantes, un piratage
rendu compliqué et risqué, telle est l’équation qui devrait permettre en 2010 de faire du numérique
une source de croissance économique et de démocratisation culturelle.
De la même façon nous devons absolument obtenir pour l’industrie du livre la transposition du prix
unique et du taux réduit de TVA dans l’univers numérique. Le droit ne peut pas ignorer éternellement
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le principe du bon sens. C’est pourtant le cas avec un livre taxé à 5,5% dans l’univers physique et à
19,6% sur internet. Le régime fiscal de la presse vient d’être amélioré en ce sens car il y a ce même
hiatus entre la presse papier et la presse en ligne. Je note aussi que le Gouvernement espagnol a
déclaré vouloir appliquer unilatéralement la TVA réduite sur le livre numérique. La France a inventé
la TVA et le prix unique du livre, son gouvernement ne peut que soutenir une telle intention.
J’invite donc la Commission européenne à proposer au Conseil d’autoriser les Etats membres à
appliquer une TVA réduite sur l’ensemble des produits culturels. Il n’y a aucune raison que le livre
physique soit taxé à 5,5% et le disque à 19,6% comme la vidéo. Le produit culturel ne peut pas être
coupé en tranches, c’est absurde. J’invite aussi Christine Lagarde à lancer au plus vite une expertise
pour appréhender fiscalement les activités publicitaires des grands portails et moteurs de recherche
internationaux présents en France. Pour l’instant ces entreprises sont taxées dans le pays siège alors
qu’elles ponctionnent une part importante de notre marché publicitaire. Cela s’appelle de la fuite de
matière fiscale, et c’est particulièrement dommageable. Cela altère aussi le jeu de la concurrence.
Donc nous allons solliciter un avis de l’Autorité de la concurrence sur l’éventuelle position
dominante acquise par GOOGLE sur le marché de la publicité en ligne. Il faut que toutes les
entreprises soient traitées sur un pied d’égalité. Ce n’est que justice.
*
Mesdames et Messieurs, tous ces chantiers sont bien engagés, il s’agit de les poursuivre et de les
mener à bien. Il s’agit aussi de passer à la vitesse supérieure. J’ose le dire, notre politique du spectacle
vivant doit être plus audacieuse. Le Ministère de la culture vient de fêter ses Cinquante ans, son bilan
est très positif. En témoigne la multiplication des productions artistiques et des «labels»: orchestres,
opéras, scènes nationales, compagnies de théâtres, festivals, cirques... Pour que le Ministère reste une
maison des artistes et des publics, une « maison de la culture » vivante, j’ai demandé l’an dernier, à
Nîmes, une réforme en profondeur des aides à la création. J’ai demandé que les aides soient accordées
en fonction de l’excellence artistique des projets, de leur vertus pédagogiques et éducatives, de la
qualité de leur gestion, de la diversité des esthétiques, et non pas en fonction des traditions ou des
habitudes. Je sais qu’il faut marcher sur des oeufs : celui qui a déjà une subvention demande
l’inflation, celui qui n’en a pas dit : “quand est ce que le portillon s’ouvre?” C’est normal.
Pour répondre à ce défi il faut une administration capable de redéfinir des programmes nationaux,
revoir la carte des labels, les cahiers des charges, recourir aux meilleurs experts pour instruire et
évaluer les projets. Je viens de rencontrer aujourd’hui des compositeurs de musique savante: la France
peut être fière de ses créateurs, mais sommes-nous suffisamment attentifs à leur développement et
leur diffusion? La réponse est clairement non. Pour cela il faut accepter de sortir des habitudes et de
remettre en cause des situations acquises. Il n’y a pas de situation acquise en général, et surtout pas
dans le domaine qui est le vôtre.
Vous l’avez donc compris, il faut s’appuyer sur les «entretiens de Valois» mais il faut aller au-delà.
Ces concertations ont été très utiles, il faut maintenant passer à l’acte. On ne peut pas rester dans
l’immobilisme tel qu’on le connaît. Je sais pouvoir compter sur Frédéric pour mener à bien cette
réforme. J’ai par ailleurs constitué à mes côtés un conseil pour la création artistique animé par Marin
Karmitz pour aider à produire de nouvelles idées. Plus d’une dizaine de projets sont immédiatement
nés de ses travaux, preuve qu’il faut, si j’ose dire, remettre l’imagination au pouvoir ! A titre
d’exemple : une fête des créateurs, « Imaginez Maintenant », sera organisée dans huit villes de
métropole et en Guadeloupe à partir de 2010, avec le concours du haut commissaire Martin Hirsch. A
cette occasion la programmation des lieux culturels sera confiée à des créateurs de moins de trente ans
dans toutes les disciplines, y compris les métiers d’art.
*
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Je voudrais terminer par une question essentielle : l’éducation artistique. Nous avons dès 2007 fait de
cette mission une priorité éminente de la politique éducative autant qu’un enjeu culturel. Dès 2007
nous avons défini trois axes indissociables: améliorer les pratiques artistiques, introduire l’histoire des
arts, favoriser les rencontres avec les oeuvres et les artistes. Dans deux domaines nous avons avancé,
dans le troisième, non.
L’histoire des arts est introduite dans tous les programmes scolaires, de l’école primaire au Lycée.
Nous devons maintenant «former les formateurs». C’est pourquoi je tiens à ce que les certifications
complémentaires d’histoire des arts qui ont été prévues pour les professeurs se développent et
prennent de l’ampleur. C’est un travail que doit mener Luc Chatel et Frédéric Mitterrand, c’est
extrêmement important.
Rien ne vaut la fréquentation directe des oeuvres et des créateurs : tout le territoire devra être couvert
par des conventions entre les écoles et les lieux de culture d’ici la fin 2010. Pour rendre la culture
accessible à tous et partout, un portail internet vient d’être inauguré, il réunit toutes les ressources des
institutions culturelles, nationales et par région. Un deuxième portail internet sera inauguré en 2010
pour que tous les Lycées et toutes les Universités de France puissent visionner des films de cinéma du
patrimoine français et international, sans oublier des captations d’opéras, de théâtre, et des
promenades virtuelles dans les collections des musées.
Avec 2500 Lycées en France, imaginez ce que cela représente pour vous comme publics potentiels
pour demain. Il y a de magnifiques expositions. Prenons Soulages à Beaubourg : ce n’est pas
extravagant que cette exposition soit filmée et montrée libre de droit à tous les lycéens de France,
dont tous ne peuvent pas venir à Beaubourg. L’opéra : chacun sait ce que coûte une place d’opéra et
quel est l’équilibre difficile d’une production. Lorsque l’on monte une grande production à l’opéra
Garnier, à Bastille, ce serait formidable qu’elle soit diffusée dans les 2500 lycées de France! Les
films, aussi : on ne fera pas concurrence aux salles de cinéma en permettant aux lycéens de voir dans
leurs établissements les films. On crée un public. Il en va de même pour les théâtres. Allons chercher
le public, n’attendons pas qu’il vienne! Donnons à tous la chance de rencontrer ces oeuvres! Cet
objectif, nous devons l’atteindre dès 2010 : je souhaite que tous les lycées aient les structures
physiques pour accueillir ces programmes. Les ministres de l’éducation nationale et de la culture
s’entendront pour gérer la question des droits. Rendez-vous compte de tout ce que l’on peut réaliser si
l’Education nationale se met au service de la culture!
Il reste à traiter l’éducation par la pratique artistique. C’est le chantier qui a le moins progressé, c’est
donc celui qui doit mobiliser tous les efforts des ministres de la culture et de l’éducation nationale en
2010, avec une règle simple que je fixe en prenant l’exemple de la musique. L’école doit offrir à tous
les élèves une initiation musicale dès le plus jeune âge, en animant des chorales, des orchestres... Les
conservatoires et écoles de musique doivent prendre le relai de l’éducation nationale et offrir partout
un enseignement de qualité : c’est par cet effort conjugué que nous pourrons former les artistes et les
publics de demain.
La pratique musicale – qui n’en est pas persuadé ? – c’est aussi une façon d’apprendre les règles de
l’harmonie en société. J’ai retenu la proposition du Conseil pour la création artistique de créer des
orchestres auprès de jeunes en difficulté dans les quartiers difficiles du grand Paris, avec un
encadrement professionnel renforcé. 450 enfants de 7 à 12 ans viennent d’être choisis pour une
première opération pilote couvrant 23 villes et 5 départements.
Naturellement ce chantier éducatif est une responsabilité partagée avec les collectivités locales, et
l’Etat assumera sa part de l’effort. Je voudrais d’ailleurs tordre le cou aux insinuations selon
lesquelles l’Etat voudrait retirer aux collectivités locales leurs prérogatives en matière culturelle. Je le
réaffirme solennellement pour être bien compris devant vous : toutes les collectivités, des communes
aux régions en passant par les intercommunalités et les départements, continueront à exercer leur
compétence culturelle après le vote de la loi réformant les responsabilités des collectivités
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territoriales. J’aimerais même que toutes les collectivités soient aussi attentives que l’Etat à l’égard de
la culture. Entre 2007 et 2010, l’Etat aura augmenté ses crédits à la culture de plus de 6%, à quoi
s’ajoute une hausse de 15% des aides fiscales, sans compter les 750M€ d’investissement dans la
numérisation des oeuvres annoncés pour 2010. Je demande à être jugé sur des faits, et pas seulement
sur des intentions, voire des procès d’intention.
Par ailleurs je voudrais, en ce mois de janvier, vous annoncer que j’ai décidé que la totalité du budget
du ministère de la culture sera dégelée en 2010, pour aider à l’accomplissement des différents
chantiers et réformes. Vous savez, en cette période de crise, c’est un effort considérable. Mais je me
déjugerais si je ne le faisais pas, après vous avoir dit en commençant ce discours que la culture était
une réponse à la crise.
Voilà, Mesdames, Messieurs, j’aurais tant d’autres choses à vous dire. Tant d’autres choses. Vous le
savez, il s’agit d’un sujet qui me passionne, et pour lequel je veux assumer mes responsabilités
complètement. Je voudrais vous faire comprendre que je suis décidé à faire changer les choses. La
France a une responsabilité particulière, le chef de l’Etat a une responsabilité particulière à l’égard de
la culture. Je resterai très attentif. Au fond, si Jack Lang a été l’excellent ministre de la culture qu’il a
été, c’est parce qu’il avait le soutien du Président de la République. Alors c’est un retournement de
l’histoire, c’est à mon tour de soutenir un Mitterrand ! Et je le fais très volontiers.
J’ajoute que j’ai parfaitement conscience de vos responsabilités économiques, vos problèmes sociaux,
les difficultés, les sensibilités, les habitudes. Je sais que la culture n’est pas un champ à moissonner ni
une forêt à mettre en coupe réglée, c’est une jungle foisonnante et un écosystème dont nous devons
entretenir la vitalité, la variété et la non conformité. Je ne vous décevrai pas car j’ai pris la mesure de
mes responsabilités en la matière. Je suis prêt à travailler avec vous, qui que vous soyez, le sectarisme
ne fait pas partie de mon identité personnelle. Je vous demande d’être aussi ouverts. Ensemble, nous
avons un héritage à porter, un avenir à construire. Nous avons des moyens fantastiques pour le faire.
Un Ministère et un audiovisuel public très riches, très forts, très divers. Un public, qui ne demande
qu’à se passionner et à s’ouvrir. Une révolution, le numérique, avec la nécessité pour nous d’inventer
de nouveaux concepts, de nouveaux modèles économiques. Tout cela est passionnant. Vous le voyez,
2010 va être une grande année. Pour moi j’espère que vous l’avez compris, ce n’était pas une
obligation mais un plaisir d’être parmi vous. Recevez mes voeux très sincères pour cette année qui
s’annonce riche et passionnante. Croyez bien que j’ai conscience de l’importance que vous
représentez pour le devenir de la France, et de l’attente que vous suscitez. Vous apportez beaucoup de
plaisir, beaucoup de désir à nos citoyens. C’est une grande chance d’être chef de l’Etat d’un pays qui
a une culture aussi riche, aussi foisonnante, aussi indépendante.
Bonne année à tous ! Merci
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8-1-2010 Voeux du Président de la République aux armées
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Messieurs les Ministres,
Messieurs les Officiers généraux,
Mesdames, Messieurs,
Au cours de l’année écoulée, nous avons partagé des joies et des réussites pour nos armées, nous
avons aussi connu de durs et douloureux moments. Je pense aux 21 militaires français qui ont fait don
de leur vie à notre pays cette année. Je m’incline devant leur mémoire, comme je l’ai fait dans la cour
des Invalides le 30 novembre dernier. Je pense aussi à nos blessés : à ceux que je viens de saluer, et à
ceux que leurs blessures tiennent encore éloignés de leurs frères d’armes et de leurs proches. Je leur
souhaite de se rétablir rapidement et je veux leur témoigner mon admiration pour leur courage, dans
l’action comme devant la souffrance.
Pour présenter mes voeux à nos armées, j’ai souhaité revenir dans ce quartier Foch-Delestraint qui a vu
cette année un « Grand Trois » particulièrement éprouvé. Sachez que la Nation est unie autour de
vous, dans les bons comme dans les mauvais moments.
Mes pensées vont aux familles meurtries par la disparition d’un proche, et pour qui ce début d’année
marque le début d’une vie sans un père, sans un fils, sans un frère, sans un mari, sans un fiancé.
J’imagine ce qu’est la douleur pour ces familles et je veux leur dire que nous n’oublierons pas ceux
qu’ils pleurent aujourd’hui.
Nous avons le devoir de ne pas oublier le sens de leur engagement : servir la patrie au péril de sa vie.
Chaque soldat assume le risque encouru par cet engagement. Et comme chef des armées, j’assume
personnellement la responsabilité de votre engagement. Je n’engage jamais nos forces à la légère et
tous les hommes que j’envoie au combat doivent pouvoir revenir. La qualité de nos armées, leur
entraînement, leurs équipements, la valeur de notre commandement, sont autant d’atouts pour parer
aux manoeuvres de l’adversaire et aux circonstances par définition imprévues. Je sais bien que le
risque existe toujours, quels que soient nos efforts pour le diminuer. Nous devons l’admettre, sauf à
renoncer pour toujours à défendre notre pays et les valeurs qui le fondent. Ce risque c’est le prix de
l’héroïsme militaire. C’est lui qui fait de votre métier, le métier des armes, un engagement à nul autre
pareil, c’est lui, le risque, qui distingue les faits d’armes des faits divers.
Si j’ai tenu à revenir à Vannes, c’est pour témoigner la reconnaissance que la Nation porte à nos
soldats déployés sur les théâtres d’opérations.
En ce moment, vous êtes 10 000, 10 000 soldats de l’armée française à travers le monde, sous le
commandement du général GEORGELIN, chef d’Etat-major des armées, 10 000 qui défendent nos
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valeurs, qui défendent la paix et qui défendent la sécurité internationale. Cet engagement est à la
hauteur des responsabilités qui incombent à la France, pays membre permanent du Conseil de sécurité
de l’ONU. C’est le prix du sang. Mais cet engagement s’accompagne de deux exigences
fondamentales : nos soldats sont toujours engagés conformément aux intérêts de la France et toujours
dans le respect de la légalité internationale. Et dès que les conditions le permettent, il est de mon
devoir de faire rentrer nos soldats à la maison, comme ce sera bientôt le cas, je l’espère, pour nos
troupes en Côte d’Ivoire et au Kosovo. Mais lorsque les circonstances l’exigent, mon devoir de chef
des armées est de maintenir nos soldats à leur poste, comme c’est le cas aujourd’hui en Afghanistan,
où les conditions du retrait ne sont pas réunies. Nous devons continuer à aider les Afghans jusqu’à ce
qu’ils soient en mesure d’assumer seuls leur sécurité et leur développement, dans le cadre d’un pays
souverain, stable, en paix, acteur du dialogue international. C’est pour cela que nos soldats sont
présents en Surobi et en Kapisa, aux côtés de l’armée afghane. C’est pour cela que nous venons
d’envoyer des gendarmes qui contribueront à la formation de la police afghane.
Cette mission, nous l’assumons avec nos alliés, dans le cadre de l’Organisation des Nations Unies.
C’est le signe que la France joue pleinement son rôle dans la défense de la paix et du droit
international. En témoigne également le fait que notre pays ait repris toute sa place au sein du
commandement intégré de l’Alliance atlantique, car l’Alliance atlantique est notre alliance et la France
y fait valoir une vision européenne. Celle d’une Europe qui s’affirme aussi dans le domaine de la
défense, d’une Europe qui se donne une véritable capacité d’action dès lors qu’elle en a la volonté
politique, comme l’illustre l’opération ATALANTE dans la lutte contre la piraterie au large des côtes
somaliennes, où l’armée française s’est distinguée avec beaucoup de bravoure. D’une Europe enfin à
qui le Traité de Lisbonne offre de nouvelles perspectives pour qu’elle assume un rang conforme à sa
puissance économique et technologique.
A travers vous, je m’adresse à toutes les formations qui composent nos armées, à vos frères d’armes
engagés dans ces opérations lointaines, aux marins, aux aviateurs qui mettent en oeuvre notre
dissuasion, à tous les militaires qui concourent sur le sol national à la sécurité des Français. Je n'oublie
pas non plus l'ensemble du personnel civil de la défense sans lequel nos armées ne pourraient pas
fonctionner.
Vous transmettre mes voeux pour cette nouvelle année, Mesdames et Messieurs, ce n’est pas seulement
un rite, c’est chercher à retrouver ensemble le sens de notre engagement, ce large dessein que, souvent,
nous ne voyons plus assez derrière la fragmentation des tâches et le fil des jours.
Cette continuité qui façonne, année après année, la puissance de notre pays, vous en êtes l’illustration,
vous en êtes porteurs.
Je veux vous remercier du magnifique travail que vous avez accompli cette année et particulièrement,
je le dis en remerciant votre ministre Hervé MORIN et bien sûr également à ses côtés Hubert FALCO.
Vous avez accompli un travail en faisant preuve d’une grande capacité à porter les réformes que je
vous ai demandées. Ces réformes préparent l’avenir sans faillir aux actions que commande le présent.
Vous vous êtes engagés, je le dis au Général GEORGELIN, sur cette voie avec loyauté, avec rigueur
et avec énergie. Nous allons continuer cette année encore dans cette voie de la réforme, avec la
création de 7 nouvelles bases de défense, qui s’ajouteront aux 11 bases de défense expérimentées dès
2009. Cette nouvelle organisation sera généralisée dès 2011. Mesdames et Messieurs j’entends les
interrogations, les inquiétudes sur la nouvelle organisation du soutien notamment. Mais je tiens à le
rappeler : ces réformes sont nécessaires car elles permettront de renforcer l’équipement de nos forces
et d’améliorer la condition militaire conformément aux orientations arrêtées dans le cadre du Livre
Blanc et intégralement traduites dans la loi de programmation militaire du 29 juillet 2009.
Vous avez consentis de gros efforts, et vous l’avez fait avec le sens de l’intérêt général qui vous
caractérise, mais ce sont des efforts partagés par la Nation tout entière parce qu’en ces temps de
difficultés économiques, en tant que chef de l’Etat et chef de l’Armée, j’ai fait en sorte que nous ne
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renoncions à aucun de nos engagements pour doter la France de la défense digne d’une puissance
soucieuse de tenir son rang.
En témoigne la réalisation du budget 2009 : c’est la première fois – la première, et je parle sous le
contrôle des Présidents des commissions de défense à l’Assemblée et au Sénat – c’est la première fois
que les opérations extérieures ont été intégralement financées sans obérer les crédits d’équipement des
armées. Depuis bien longtemps je fais de la politique, depuis bien longtemps j’entends que l’on
demande cela. C’est fait. Cela ne devait pas être si facile de le faire puisque c’est la première fois. En
2009, grâce à un effort financier sans précédent prévu dans le Livre blanc, grâce aux économies
permises par la réforme et recyclées, 20 Milliards d’euros ont été engagés pour l’équipement militaire,
c’est un chiffre historique que nos armées n’ont jamais connu. Je veux une armée française équipée
aux meilleurs standards du monde. Je le dois à vos familles pour la sécurité de nos soldats. Le budget
2010 qu’Hervé MORIN vient de présenter est lui aussi intégralement conforme à la loi de
programmation militaire. Ces efforts ont des traductions concrètes : les nouveaux matériels qui sont
arrivés cette année dans les unités. Grâce à eux, nos soldats vont gagner en sécurité, en mobilité, en
efficacité. Je pense aux premiers hélicoptères Tigre, aux 14 Rafale, à la centaine de véhicules blindés
de combat d’infanterie, aux véhicules blindés légers, au nouveau canon CAESAR, au satellite
HELIOS II B, dont le lancement renforce nos capacités dans un domaine que nous devons encore
développer, qui est la fonction stratégique « connaissance-anticipation ».
De même, les efforts déployés pour soutenir nos exportations de matériels d’armement portent leurs
fruits. Ils préservent des emplois en France ; ils contribuent également au maintien de capacités
scientifiques, techniques, industrielles, stratégiques pour notre pays. Cet effort, je le continuerai. Nous
devons avoir une armée française aux meilleurs standards. Je le dis d’ailleurs aux élus qui sont ici.
L’armée française est en charge de la sécurité des Français, pas de l’aménagement du territoire. Même
si c’est difficile, mon devoir, c’est de dire la vérité. Trop longtemps, on a fait jouer à nos armées un
rôle qui n’était pas le leur. Et je le dis notamment sur la carte d’implantation des bases militaires.
Comment voulez-vous que nous gardions la même carte d’implantation des bases militaires avec une
armée de professionnels, que la carte qui existait au moment de la conscription ? Qui peut penser à
cela ? Et en tant que chef des Armées, je dois vous mettre dans les meilleures conditions pour faire
votre travail. Alors bien-sûr que l’aménagement du territoire est un problème, une question. Mais si
l’on demande aux armées de faire de l’aménagement du territoire alors, on ne lui donne pas les
meilleurs moyens pour remplir sa mission au service de la sécurité des Français. Voilà ce qui est en
cause.
Je sais bien que tout ceci est douloureux, change les habitudes et provoque des inquiétudes, mais les
réformes nécessaires il faut les faire, il faut les faire tout de suite et ne pas les laisser aux autres et c’est
comme cela que vous aurez les meilleures conditions pour faire votre travail.
De même que les membres du Haut Comité d’Evaluation de la Condition Militaire qui achèvent dans
quelques jours leur mandat et je tiens à les remercier. Qu’il s’agisse de la rémunération, de la mobilité,
ou de la reconversion, ils ont émis des avis précieux pour orienter les réformes. En 4 ans, cette
nouvelle instance a trouvé toute sa place et je ne doute pas que les nouveaux membres, que je
nommerai prochainement, contribueront à la réflexion sur la condition militaire avec la même hauteur
de vue.
L’année qui s’achève livre donc les premiers résultats de la politique que j’avais annoncée le 17 juin
2008 en présentant le Livre Blanc. Et je sais pouvoir compter sur vous pour poursuivre dans le même
élan les efforts que nous avons entamés.
Comment évoquer l’avenir de notre Défense sans l’ancrer à son passé ? C’est pourquoi j’ai tenu à
associer les soldats d’hier aux armées d’aujourd’hui.
Je remercie les Anciens combattants qui sont présents parmi nous. Ils ont défendu, les armes à la main,
les valeurs de notre pays qu’aujourd’hui vous continuez à faire vivre.
4/4
Nous allons commémorer cette année le 70e anniversaire de juin 1940 et de l’appel du 18 juin, cher
Yves GUENA, date fondatrice de notre histoire récente, date emblématique de cet esprit de défense
qui refuse le déclin et la défaite, date qui nous rappelle combien la volonté politique peut modifier les
choses. Je sais qu’avec Hubert FALCO, vous travaillez très bien à la réussite de ces commémorations.
Je sais également que vous réfléchissez à la modernisation de votre action, ainsi qu’à la pérennité de
vos fondations et de vos associations. Je vous encourage à poursuivre cet effort, car il en va de nos
valeurs les plus profondes : l’honneur, le patriotisme, la discipline et la fraternité.
Pour les transmettre aux jeunes générations, il faut trouver les mots, les images, les formes les plus
propices au partage. Je pense à l’Europe. Comment faire comprendre à des enfants nés au 21e siècle la
victoire extraordinaire que représente l’amitié franco-allemande, cette rémission de déchirements
centenaires, cette capacité de résilience d’une Europe qui délivre ainsi au monde le plus beau des
messages, celui de la réconciliation.
Les cérémonies du 11 novembre en ont témoigné cette année, il faut faire partager à toutes les
générations une vision du passé qui éclaire le sens du monde que nous construisons.
Le devoir de mémoire n’est pas un dogme vénéré à dates fixes, dans l’aveuglement de ce qui relie hier
à aujourd’hui, de ce qui rattache le jour banal au jour célébré. C’est la fervente obligation de
transmettre le sens de la continuité aux nouvelles générations. A vous chers anciens combattants qui
avez été présents à chaque tournant de notre histoire pour porter l’honneur de la France, à vous qui
n’avez jamais baissé les bras au plus fort de la bataille, à vous qui, en rentrant chez vous, avez dû
raconter la mort de vos camarades et les horreurs des combats, c’est à vous que je confie aujourd’hui,
une fois encore, une responsabilité au service de notre pays : celle de mettre en commun vos forces en
regroupant vos associations, vos moyens, vos idées, pour servir au mieux la mémoire de notre pays et
partager l’esprit de défense.
Au-delà de la relève des troupes et des générations, au-delà des missions ponctuelles et de
l’engagement quotidien, nos armées constituent le socle de ce qui fait la France, une certaine forme de
permanence jamais prise en défaut d’évolution.
En cette nouvelle année, en compagnie d’Hervé MORIN et d’Hubert FALCO, je vous réaffirme ma
reconnaissance, la gratitude des Français. Je souhaite à chacun de vous, comme à vos familles,
l’accomplissement de vos projets professionnels et bien sûr personnels. Je vous souhaite également de
poursuivre votre action au service de notre pays, avec une égale détermination, avec le même
enthousiasme, car sans enthousiasme on ne fait rien, avec la même fierté, cette fierté que j’éprouve à
commander des femmes et des hommes tels que vous.
Vive la France et vive la République.
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11-1-2010 Voeux du Président de la République au monde de l’éducation et de la recherche
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Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Mesdames et Messieurs les Recteurs,
Mesdames et Messieurs les Présidents d’université et directeurs de grandes écoles,
Mesdames et Messieurs les Enseignants et enseignants chercheurs,
Mesdames et Messieurs,
Avant de m’adresser à vous, chacun comprendra que ma première pensée soit pour la victime de la
terrible agression qui eu lieu vendredi dernier, dans un lycée du Val-de-Marne ; pour ce lycéen tué,
selon toutes vraisemblances, par l’un de ses camarades. Comme chacun d’entre vous, cet événement
m’a profondément bouleversé. Nous devons penser à la famille de Hakim, à ses parents, à ses frères et
à sa soeur, si douloureusement atteints en ce début d’année. Je veux leur dire que toute l’institution
sera à leurs côtés pour les soutenir, pour leur apporter toute l’assistance et l’aide morale que nous
pourrons leur donner.
Je veux dire également que cette tragédie est d’autant plus odieuse, d’autant plus inacceptable, qu’elle
s’est déroulée au coeur même d’un établissement scolaire. S’il y a bien un lieu qui doit être protégé de
toute forme de violence, un lieu qu’entre tous il faut sanctuariser, c’est bien l’école. Hélas, on ne
pourra jamais se prémunir totalement contre les folies de la nature humaine, mais nous continuerons à
tout mettre en oeuvre pour protéger nos établissements scolaires.
A l’aube de cette nouvelle décennie, et malgré les tristes circonstances que je viens de rappeler, je
veux dire que je suis heureux de vous retrouver ici, sur ce beau site de l’École Supérieure d’électricité,
au coeur du plateau de Saclay que j’ai visité à de très nombreuses reprises. Ce lieu est emblématique
des défis que nous avons à relever pour l’avenir. La majorité de ces défis intéresseront la science, – au
sens large, la connaissance –, dans un monde où le savoir et l’innovation sont devenus des atouts
absolument cruciaux pour le progrès d’une société, la puissance d’un pays et la maîtrise de son avenir.
Il n’est pas inutile de rappeler cette vérité qui me semble être une vérité d’évidence, à l’heure où les
sciences connaissent une certaine désaffection, parmi la jeune génération. A l’heure aussi, où se fait
jour un dangereux discours de défiance vis-à-vis de la science. En la matière, le doute n’est pas permis
: notre société ne souffre pas d’un excès, mais d’un manque de science. Dans un monde bouleversé par
une crise économique sans précédent, le savoir est notre arme principale pour comprendre une réalité
de plus en plus complexe et dessiner dans ce champ des possibles un nouveau modèle de progrès.
Depuis l’origine, il y a un pacte entre la République et la science. Il faut renouveler ce pacte et même
le développer.
2/9
Nous devons encourager la diffusion et la production des savoirs, de tous les savoirs, de toutes les
sciences, des sciences exactes et expérimentales comme des sciences humaines et sociales.
Au-delà des disciplines, l’unité de la science s’incarne dans la diversité de vos professions. C’est
pourquoi j’ai tenu à rencontrer, réunis en un seul et même lieu, l’ensemble des représentants du monde
de l’éducation et de la recherche : depuis les professeurs des écoles jusqu’aux présidents d’universités.
Vous exercez chacun des métiers bien différents. Les uns accompagnent les premiers pas de nos
enfants dans l’acquisition des savoirs fondamentaux : lecture, écriture, calcul. Les autres transmettent
et élaborent de nouveaux savoirs, en repoussant les limites des connaissances humaines dans les
domaines les plus variés – de l’histoire ancienne à la physique quantique.
Tous, vous êtes animés de la même passion pour le savoir. Vous avez la même conviction que ce
savoir doit être partagé.
Je tenais à vous en remercier et à vous dire, devant les ministres, la reconnaissance que le pays vous
doit.
Depuis plus de deux ans, notre système d’enseignement et de recherche s’est engagé dans un
mouvement de profonde transformation. Ce mouvement, ma détermination à le poursuivre est intacte.
La transformation de notre enseignement scolaire, d’abord, que nous menons dans la fidélité à deux
principes :
- l’excellence d’abord, car dans une société de la connaissance, le niveau d’exigence doit être
plus élevé que jamais. Il n’est pas question de revenir sur cette notion d’excellence.
- l’égalité des chances ensuite. Nous ne pouvons accepter que l’école soit encore trop souvent
un lieu de reproduction sociale malgré tous les moyens engagés, et malgré l’énergie et le
dévouement des enseignants.
Ces deux principes sont inséparables : l’excellence est favorisée par l’égalité des chances, qui élargit
les viviers de recrutement des élites, et l’égalité des chances a besoin de l’excellence, qui tire tout le
monde vers le haut. L’idée qu’en abaissant les niveaux des diplômes, on favorise l’égalité des chances,
est une idée obscurantiste.
Jamais les familles n’ont tant attendu de l’école, jamais les jeunes n’ont eu une telle soif de
connaissances, et pourtant, jamais notre système éducatif n’a semblé aussi démuni. Nous devons donc
vous donner les moyens de partager plus largement l’accession à ces nouveaux possibles.
L’année 2009 a été particulièrement dense. J’en retiendrai trois chantiers majeurs.
La réforme de l’école primaire qui est entrée en vigueur. Je veux rappeler l’importance capitale de
cette réforme qui concerne à la fois les programmes, recentrés sur l’acquisition des fondamentaux,
l’organisation du temps scolaire, avec la création de deux heures par semaine d’aide individualisée – je
veux dire que je crois à cette aide individualisée. Tous les enfants ne sont pas les mêmes. Ils ont
besoin d’un soutien individualisé. Elle concerne aussi l’évaluation des élèves, – le mot évaluation ne
peut pas continuer à être tabou – avec la mise en place de tests en CE1 et CM2. Notre objectif est de
diviser par trois le taux d’échec scolaire à la sortie du CM2.
J’ajoute que nous avons le devoir d’être innovants :
- c’est pourquoi nous allons continuer à promouvoir les expérimentations, dont certaines
donnent des résultats remarquables: ainsi de celle intitulée la « mallette des parents » menée,
avec le soutien de Martin HIRSCH, dans l’académie de Créteil, et qui consiste à impliquer
concrètement les parents dans le suivi de la scolarité de leurs enfants. L’égalité républicaine
ne s’oppose pas, au contraire, à la mise en place d’expérimentations adaptées au terrain et à
sa multiplicité.
3/9
- c’est pourquoi je souhaite, je le dis à Luc CHATEL et à Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET,
que continuent à se développer les usages numériques à l’école : le grand emprunt va vous y
aider. Les nouvelles technologies dans le domaine éducatif constituent une véritable
révolution au service des apprentissages. Nous n’avons pas le droit de passer à côté.
Second chantier, qui n’est pas plus facile: la réforme du recrutement et de la formation des
enseignants. Nous la mettrons en oeuvre dès le printemps prochain. Là encore, notre objectif est
ambitieux puisqu’il s’agit d’élever le niveau de formation de nos enseignants, pour les recruter au
niveau master (bac +5). Les futurs enseignants feront des études plus longues, ils verront donc
logiquement leur début de carrière revalorisé de façon significative. J’ai voulu que l’on mette un terme
à la paupérisation de nos enseignants. C’est la première étape, cher Luc CHATEL, d’une
revalorisation de la condition enseignante qui est incontournable. Il faudra notamment améliorer les
perspectives de carrière de nos professeurs, en développant l’offre de formation continue qui leur est
proposée. Mesdames et messieurs, depuis 20 ou 25 ans, nous faisons le choix de la quantité – sans
doute était-ce nécessaire – mais cela s’est fait au détriment de la qualité de vie de nos enseignants et de
la qualité de leur rémunération. Si le choix de la quantité suffisait, on devrait avoir un monde de
l’enseignement parfaitement heureux. Or, où que je me tourne, on m’explique les problèmes. Ce n’est
donc pas la voie. Et la question de la revalorisation de la condition enseignante est une question
incontournable : en hissant le niveau de recrutement à BAC+5, nous allons revaloriser la carrière des
enseignants.
Troisième chantier : la réforme du lycée. Le lycée professionnel a été profondément rénové, avec la
généralisation du « bac pro » en trois ans, depuis septembre dernier. Cette année, nous allons réformer
le lycée général et technologique pour que, dès la rentrée prochaine, le lycée prépare mieux à
l’enseignement supérieur. Et je veux féliciter Luc CHATEL pour le travail remarquable qu’il a
accompli sur ce dossier. Je veux également rendre un hommage tout particulier aux chefs
d’établissement, qui ont soutenu la réforme avec beaucoup de conviction et de courage, et dont le rôle,
dans les semaines qui viennent, sera tout à fait déterminant.
Le nouveau lycée nous permettra d’atteindre, enfin, le taux de 50% de diplômés dans l’enseignement
supérieur.
- Notre système d’orientation sera plus progressif et plus souple, chaque élève aura la
possibilité de se réorienter en cours de première,
- deux heures d’accompagnement personnalisé par semaine, les élèves pourront acquérir les
méthodes de travail dont ils manquent parfois aujourd’hui cruellement lorsqu’ils arrivent à
l’université.
- enfin, grâce à un renouvellement de l’offre de formation proposée dans le cycle terminal,
nous allons diversifier les profils d’excellence. Le baccalauréat littéraire doit redevenir la
voie privilégiée pour préparer aux formations d’excellence dans le domaine des sciences
humaines, ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être. Pour cela, nous allons renforcer les
langues étrangères et leur apprentissage, domaine où la France est encore beaucoup trop en
retard, alors que les langues sont un atout crucial pour l’avenir. Nous allons également
revaloriser la série Sciences et technologies industrielles (STI), afin qu’elle puisse fournir le
vivier de techniciens supérieurs et d’ingénieurs dont notre pays aura besoin dans les années
à venir.
Ce rééquilibrage des filières devrait mettre fin à la domination sans partage de la série scientifique, en
permettant à chaque filière de faire valoir ses propres avantages. Mais je veux vous le dire ici, cette
évolution sera également bénéfique pour les sciences elles-mêmes. Aujourd’hui, la filière scientifique
concentre la très grande majorité des meilleurs élèves, mais elle se révèle incapable de former le
nombre de scientifiques dont notre pays a besoin. On doit être dans la filière sciences parce qu’on a
envie de faire des sciences, pas parce que c’est la filière où les bons élèves se trouvent, sacrifiant ainsi
la moitié de ceux qui n’y sont pas. Ce n’est pas possible de continuer comme cela. La plupart des
élèves qui s’y inscrivent aujourd’hui ne s’orientent pas ensuite vers les formations scientifiques. La
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filière science doit redevenir une véritable filière scientifique et, ainsi, enrayer la désaffection pour les
sciences que j’évoquais il y a un instant.
Mettre en valeur le rôle des langues, des sciences humaines, des savoirs techniques, des connaissances
scientifiques, c’est rendre aux disciplines leur noblesse, leur force pour la compréhension et la
transformation du monde. Il n’y a pas une filière d’excellence, toutes les filières doivent pouvoir
aboutir à l’excellence.
Le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche, chère Valérie PECRESSE, a lui aussi connu
de profondes évolutions.
Mesdames et Messieurs, le constat était partagé par tous : l’organisation de notre enseignement
supérieur n’était pas à la mesure des enjeux qui sont ceux du XXIème siècle. Le malaise était profond, il
venait de loin et ne pouvait se résumer à une demande de moyens supplémentaires. Même si les
moyens manquaient, ce n’était pas le seul problème. C’est bien le manque de réformes, différées
depuis des années, qui sclérosait progressivement l’université et la recherche françaises. Car si elles
restaient encore aussi performantes, malgré les rigidités et les pesanteurs qui les entravaient, nous le
devions à l’engagement et au talent de ceux qui y travaillent, les enseignants-chercheurs, les
personnels administratifs et techniques.
Toute cette énergie investie dans le fonctionnement de la structure, chacun ici aurait préféré l’investir
dans la science. Nous ne pouvions pas en rester là : il fallait que le système se mette enfin au service
des hommes et de leurs projets au lieu d’être non seulement un poids à porter, mais bien souvent une
contrainte paralysante.
Le retour aux priorités du savoir, voici l’objectif qui a présidé à la mise en oeuvre de la loi relative aux
Libertés et aux Responsabilité des Universités (LRU), entrée en vigueur grâce au travail très
remarquable de Valérie PECRESSE. Eh bien les universités françaises sont aujourd’hui autonomes,
enfin ! Y a-t-il un seul pays où les universités réussissent sans l’autonomie, sans la liberté de se
gouverner, la capacité de se gérer elles-mêmes, pour servir au mieux leurs projets d’enseignement et
de recherche ? Depuis que je fais de la politique, j’entendais dire dans les projets que l’autonomie était
un objectif, avant les élections, et systématiquement différé après, car ce n’était jamais le moment. Et
comme tout changement profond, celui-ci a suscité des réserves, des craintes, voire des oppositions,
mais qui peut penser gouverner un pays, le cinquième du monde, sans jamais rencontrer des craintes,
des inquiétudes, des oppositions, des immobilismes, des conservatismes ?
Certains redoutaient que les présidents d’université ne disposent d’un pouvoir excessif ; d’autres
agitaient la menace d’universités livrées aux intérêts privés ; d’autres enfin prophétisaient que les
humanités et les sciences sociales seraient marginalisées.
Deux ans et demi après, ces inquiétudes se sont révélées sans fondement. Et à ce jour, à ce jour, 51
universités sur 84 ont choisi de devenir autonomes avant la date-limite de 2012. C’est la meilleure
preuve, la preuve par les faits, du bien-fondé de ce que nous avons proposé. La vérité, c’est que le
monde universitaire est bien moins conservateur qu’une partie de nos élites politiques et
administratives qui parlaient en votre nom. Voilà la vérité : les freins n’étaient pas à l’intérieur, ils
étaient à l’extérieur, entre les présupposées idéologiques qui ont fait tant de mal à l’université
française et les craintes de toutes sortes, qui vous paralysaient de l’extérieur. Nous avons fait cette
autonomie. Bon il y a eu quelques mois un peu compliqués, mais aujourd’hui qui prétendrait qu’il faut
revenir à la situation que nous avions trouvée ? Personne.
Les Présidents d’universités et leurs conseils d’administration ont compris tous les avantages que leurs
universités pouvaient retirer de cette autonomie : souplesse dans la gestion, liberté de faire des choix
mieux adaptés à l’environnement, meilleure réponse aux attentes des étudiants, liberté de créer des
emplois, - oui, de créer des emplois, comme ont pu le faire un certain nombre d'universités avisées - ,
possibilité de mieux rémunérer les personnels scientifiques et administratifs.
5/9
J’ai eu l’occasion de rencontrer il y a quelques semaines les 18 présidents des premières universités
devenues autonomes. Je recevrai prochainement les 51 présidents des universités autonomes. Nous
examinerons alors ensemble la situation pour tirer les leçons de cette première année d’autonomie des
universités françaises. J’ai dit à la ministre, Valérie PECRESSE, que s’il fallait ajuster le dispositif sur
tel ou tel point, nous le ferions.
Comme l’ont récemment suggéré un certain nombre de responsables universitaires, je trouve par
exemple qu’il n’est pas normal que tous les membres des conseils d'administration d’universités
autonomes, y compris les personnalités extérieures, ne puissent participer à cet acte décisif qu'est
l’élection du président d’université. En intégrant des personnalités extérieures dans les conseils
d’administration, nous avons voulu ouvrir les universités au monde extérieur. C’est en ouvrant
davantage l’université sur la société, sur l’économie, sur son territoire, que nous lui permettrons
d'offrir un service de qualité, mieux adapté aux attentes des étudiants.
Je voudrais très sincèrement rendre hommage aux universités et aux présidents qui ont pris, les
premiers, le risque de l’autonomie. Rien ne les obligeait à le faire avant 2012. Ce courage d’innover,
de s’engager avec audace, en misant sur l’avenir, quitte à bousculer les habitudes, c’est une qualité
fondamentale que les enseignants- chercheurs pratiquent dans leurs cours et dans leurs recherches, et il
était normal qu’on le pratique aussi dans les structures.
En décidant l’autonomie des universités, notre pays manifeste sa confiance dans les capacités du
monde universitaire et scientifique à se réformer pour mieux former les talents de demain.
Nos universités souffraient d’une indigence constatée par tous, j’ai employé un mot fort mais je le
pense, d’une indigence : des bâtiments mal entretenus, des capacités d’accueil insuffisantes, des
équipements absents, des bibliothèques trop peu accessibles, et des conditions de vie misérables pour
un trop grand nombre d'étudiants.
Pour y remédier, nous avons décidé un effort financier considérable. Depuis 2007, chaque année, nous
consacrons un milliard d’euros supplémentaires à l’enseignement supérieur. Toutes les universités en
ont bénéficié. En 2009, l’augmentation moyenne du budget des universités est de 15%. Jamais un tel
effort n’a été accompli. Les dépenses consacrées à la remise en état de leurs bâtiments ont augmenté
de 43%, hors opération campus, et sans compter les 750 millions d’euros affectés à l’enseignement
supérieur et à la recherche au titre du plan de relance.
Nous sommes en passe de combler les retards qui s’étaient accumulés depuis des décennies, et
auxquels tous les gouvernements, qu’ils soient de droite ou de gauche, avaient leur part de
responsabilité. Mesdames et Messieurs, la dépense par étudiant en France est devenue enfin
comparable à ce qu’elle est en moyenne dans les pays de l’OCDE, alors que nous étions loin derrière il
y a 2 ans et demi.
Les 5 milliards d’euros de l’opération Campus permettront de remettre à niveau nos principaux
campus. A Paris, la réflexion engagée donnera à nos établissements d’enseignement supérieur
l’organisation et les moyens qui leur permettront d’être à la hauteur du prestige historique qui est le
leur. Il fallait notamment mettre un terme à l’inadmissible dégradation de leur immobilier. Je veux
rendre hommage aux Présidents des universités parisiennes et franciliennes qui ont su ouvrir le
dialogue entre leurs institutions, jusqu’ici beaucoup trop repliées sur elles-mêmes, pour formuler des
projets communs ambitieux.
D’ici quelques années, Paris sera ainsi redevenue la capitale universitaire rayonnante qu'elle n’aurait
jamais dû cesser d’être. Je suis heureux de le rappeler ici, à Saclay, où nous allons faire le grand
campus que je m’étais engagé à mettre en oeuvre. Voilà trente ans qu’universités, grandes écoles et
organismes de recherche prestigieux rejoignent ces lieux les uns après les autres, sans que jamais leur
installation ne s’intègre dans la cohérence du reste du site. Désormais les synergies entre
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établissements seront organisées, pour faire du plateau de Saclay un campus de rang mondial, à la
hauteur de nos ambitions pour le Grand Paris. Ce sera possible grâce au grand emprunt puisque nous
allons consacrer, ici, directement un milliard d’euros à l’opération du plateau de Saclay, sans compter
les 850 millions de l’opération campus. Près de 2 milliards d’euros investis ici pour que ce rêve
devienne une réalité. Au-delà de ce campus, dans toute la France, l’emprunt permettra de financer
l’émergence de pôles d’excellence, qui rassembleront universités, grandes écoles et organismes de
recherche dans des campus de rang mondial, capables de rivaliser avec les meilleures universités
étrangères, et ayant les mêmes standards d’excellence, notamment sur un sujet qui me tient
particulièrement à coeur : des bibliothèques universitaires modernes, ouvertes 7 jours sur 7, oserai-je le
dire, de 8h à 22h. Franchement, je n’ai pas l’intention que l’on fasse des bibliothèques universitaires
pour qu’elles soient fermées le week-end et pas ouvertes le soir.
Nous allons consacrer 7,7 milliards d’euros, pour doter en capital 5 à 10 campus d’excellence.
Parallèlement, il y aura aussi place pour des projets de taille plus modeste, qui pourront faire valoir la
qualité et la singularité de leurs propositions. Au total, l’emprunt national, Mesdames et Messieurs,
c’est un choix historique qui va nous permettre de consacrer 11 milliards supplémentaires à
l’enseignement supérieur et 8 milliards d’euros à la recherche. Voilà pourquoi nous avons fait le grand
emprunt, parce que la réponse à la crise, ce sont les grands projets, pas le repliement et la frilosité.
Nous avons engagé ensemble le plus grand changement que notre système universitaire français ait
jamais connu, pour réformer ce qui ne fonctionne pas, sans sacrifier ce qui marche. Ainsi, le système
des classes préparatoires et des grandes écoles trouvera toute sa place dans les campus d’excellence à
la gouvernance rénovée.
Le rapprochement des universités et des grandes écoles doit être l’occasion pour celles-ci de s’ouvrir
davantage à des publics nouveaux. En ce domaine, beaucoup a été fait, y compris par les grandes
écoles elles-mêmes, dont certaines ont été pionnières, je pense à Science Po Paris ou à l’ESSEC. Mais
nous ne pouvons en rester à des initiatives isolées, trop modestes eu égard aux enjeux. Tout étudiant
qui désire se former dans les meilleurs établissements, suivre les meilleures formations, et qui en a le
potentiel, doit pouvoir y trouver sa place. C’est un défi pour la méritocratie républicaine et son idéal
d’ascension sociale, dont les rouages sont aujourd’hui grippés. L’ascenseur social ne marche plus ou
insuffisamment. Ce défi, notre pays doit y répondre, en prenant des mesures audacieuses.
Mesdames et Messieurs, je vais vous parler franchement et le dire sans détours : je ne comprends pas
les réticences qui se sont exprimées ces derniers jours sur le sujet. Pour tout dire, je les trouve même
invraisemblables et parfaitement déplacées. Tout doit être mis en oeuvre au contraire pour faire
comprendre à tous les jeunes que les grandes écoles, ce n’est pas réservé à quelques initiés ou à
quelques enfants de la grande bourgeoisie. Les grandes écoles, c’est pour tout le monde : pourvu que
l’on travaille, qu’on le mérite et que l’on ait du talent !
Nous sommes fiers de nos grandes écoles. Elles sont le fleuron de notre système éducatif et forment,
pour certaines depuis plus de deux cents ans, une grande partie des élites de notre pays. Mais depuis
plusieurs dizaines d’années, et même si elles ne sont pas les seules responsables, elles ne jouent plus
suffisamment leur rôle dans le renouvellement des élites, recrutant dans un public socialement de plus
en plus favorisé. Mais ce n’est pas moi qui le dis, ce sont toutes les études qui le montrent.
Je l’ai dit il y a un peu plus d’un an dans mon discours à Palaiseau : cette situation ne peut plus durer.
Nous devons ouvrir les meilleures formations aux plus talentueux, quels que soient leur lieu de
naissance et leur origine sociale. L’égalité des chances n’est pas seulement un devoir moral, c’est
également l’identité de la France, qui s’est toujours construite sur le talent de ses enfants et pas sur la
couleur de leur peau ou le statut social de leurs parents.
J’ajoute que les grandes écoles ont tout à gagner à diversifier leur recrutement. Enfin Mesdames et
Messieurs, un pays qui recrute ses élites dans 10% de sa population, c’est un pays qui se prive de 90%
7/9
de son intelligence. Comment ne peut-on pas comprendre cette vérité ! Pour moi, ce n’est pas un sujet
de discours, c’est matière à prendre des décisions.
L’objectif que j’avais fixé de 30% de boursiers dans chaque lycée à classe préparatoire est d’ores et
déjà en passe d’être atteint, avec un an d’avance sur le calendrier : c’est un très beau succès, que nous
devons confirmer à la rentrée prochaine.
L’étape suivante est de parvenir à ce même taux, 30%, dans chaque grande école : je dis bien dans
chaque grande école. Mais également, car ce sont des secteurs où la reproduction sociale est tout aussi
importante, dans les études de droit ou de médecine.
La solution n’est évidemment pas l’instauration autoritaire de quotas de boursiers à l’entrée de chaque
institution. Je n’accepterai jamais un système où certains candidats seraient reçus à un concours pour
la seule raison qu’ils sont boursiers – au détriment d’autres candidats plus méritants et plus
travailleurs. C’est une évidence.
Mais à cet objectif concourt bien évidemment l’augmentation du nombre de boursiers dans les classes
préparatoires. Une autre voie, que je souhaite, c’est que l’on diversifie les modes d’accès aux grandes
écoles : ce qui permettra d’élargir la base sociale de leur recrutement et de les ouvrir à de nouvelles
formes de talents. Il faut aussi augmenter considérablement le nombre de places pour les bacheliers
technologiques dans les écoles d’ingénieurs et sans doute dans le cadre d’un concours spécifique. Il
faut développer de façon significative les admissions parallèles – destinées aux étudiants non issus des
classes préparatoires.
Cette démarche volontariste au niveau de l’enseignement supérieur ne nous dispense pas, par ailleurs,
de donner à chacun, dès un âge plus jeune, tous les atouts pour réussir. C’est ainsi que 20 000 places
d’hébergement vont être construites dans les années à venir, dans des internats d’excellence, qui
réserveront également des places pour les étudiants, notamment en classes préparatoires.
Sur ce sujet de l’ouverture sociale des élites, je demande à Valérie Pécresse, à Luc Chatel, et bien sur
à Yazid Sabeg, de conduire dans les semaines qui viennent un dialogue fructueux avec l’ensemble des
parties concernées. J’attends des résultats concrets et rapides. Si on les a, le dialogue suffira. Si on ne
les a pas, il faudra utiliser un autre moyen, mais l’objectif de la diversité sociale pour nos élites, cet
objectif - là, je ne peux pas y renoncer.
Tous ces chantiers, nous les mènerons à bien. L’année 2009 a été marquée par des mouvements et des
résistances mais somme toute assez compréhensibles face à de tels bouleversements dans notre
paysage universitaire. L'année qui s'ouvre sera une année de consolidation de la réforme, aussi bien sur
le plan quantitatif que qualitatif. Les universités pourront assumer pleinement leur autonomie, prendre
la pleine propriété de leur patrimoine, - des universités qui n’étaient même pas propriétaires de leur
patrimoine, est-ce que l’on pense que ça peut marcher ? - , ouvrir leurs campus, leurs équipements,
leurs bibliothèques, pour que leurs étudiants s’y sentent tout simplement chez eux.
Mesdames et Messieurs, construire une société de la connaissance, ce n’est pas seulement une
question de formation. Cela exige aussi de renforcer notre capacité d'innovation et les transferts de
technologies de la recherche vers l'économie.
Et, je terminerai par là. Pendant des décennies, le CNRS et les grands organismes de recherche ont
brillamment rempli la mission que la Nation leur avait confiée. C’est grâce à ces institutions que la
France a pu préserver un niveau de recherche fondamentale parmi les meilleurs au monde. En
témoigne le fait que presque chaque année un chercheur ou une équipe française voient leurs travaux
récompensés par une distinction internationale. La France occupe la seconde place des pays européens
au palmarès des prestigieuses bourses du Conseil Européen de la Recherche. Les trois premiers projets
retenus dans le cadre de l’Institut européen de Technologie comptent dans leurs rangs des acteurs
majeurs de la recherche publique française : les universités de Versailles Saint Quentin, de Paris 6, de
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Paris 11, l’Institut national polytechnique de Grenoble, Paristech, l’INRIA, l’INRA, le CNRS, le CEA.
Enfin, le Centre Européen de Recherches Nucléaires (CERN) accueille de nombreux physiciens
français et il est désormais présidé par un scientifique français.
Mais dans le monde moderne, les applications de la science ont une valeur de plus en plus forte pour le
développement économique et la croissance. La France ne peut se tenir en retrait de cette évolution,
car il en va de sa capacité à rester une grande puissance.
Jusqu’à présent, en matière de recherche, la France avait cantonné les universités dans un rôle
subsidiaire, alors que partout dans le monde, l’Université joue un rôle central pour la recherche et les
transferts de technologie vers l'industrie.
Certes toutes les universités n’ont pas vocation à devenir des pépinières de prix Nobel et des foyers
majeurs d’innovation technologique. Mais mettre les universités au coeur de la recherche et du
processus de transferts de technologie est la condition pour maintenir notre indépendance économique
et développer notre potentiel de croissance.
Là aussi, nous avons engagé le mouvement, chère Valérie PECRESSE. Les organismes de recherche
doivent faire évoluer leur mission et accompagner sans réserve l’émergence des universités qui auront
su se doter d’une véritable politique scientifique.
Cessons d’agiter des épouvantails ! Il ne s’agit ni de démanteler tel ou tel organisme, ni de confier la
responsabilité de la recherche fondamentale aux entreprises.
J’ai pleinement conscience du rôle essentiel que joue la recherche fondamentale dans les processus
d’innovation. C’est la recherche fondamentale qui nourrit l’innovation ; sans recherche fondamentale,
il ne peut y avoir d'innovation. Nous sommes tous d’accord sur ce point. Alors ne nous trompons pas
de débat. La question n’est pas idéologique. Elle est profondément pragmatique.
Le véritable enjeu est de doter la France d’un dispositif de recherche et de transfert de technologie qui
réponde aux défis de l’innovation technologique et de la compétitivité économique mondiale. C’est la
condition pour que la France se maintienne dans le tout petit groupe des grandes nations en matière
d'innovation technologique.
Mesdames et Messieurs, j’espère que vous l’avez compris, ma détermination à moderniser le monde
de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche est absolument inébranlable. C’est l’un
de mes devoirs les plus éminents, car il en va des intérêts supérieurs de la Nation. Je continuerai à m’y
engager personnellement en soutenant totalement les ministres en charge de ces secteurs. Et je vous
promets que les moyens seront au rendez vous, malgré les difficultés. Cela sera la réforme et les
moyens. Les deux à la fois.
Je sais que je peux compter sur vos compétences et sur votre énergie. Je sais que chacun est d’accord
sur le fait que le savoir est la seule véritable richesse. Je vous demande d’être ouverts, d’être audacieux
dans la réflexion sur vos structures, comme vous l’êtes chaque jour dans l’exercice de votre mission.
Vous aurez les moyens pour vous développer. Nous n’avons pas le choix. C’est un enjeu majeur. Mais
je vous demande de comprendre qu’au XXIème siècle, les querelles idéologiques, les bastions
politiques, les présupposés, les sectarismes n’ont plus lieu d’être. Le pays a besoin de vous, de votre
intelligence, de votre savoir, de votre engagement dans la connaissance. Le pays mobilisera les
moyens au service de votre engagement. Mais ne nous trompons pas de débat. Deux ans et demi après
mon élection à la Présidence de la République, je veux dire que j’ai été impressionné par la capacité du
monde de l’éducation à comprendre les enjeux et à épouser les changements. Ceux qui décrivent ce
monde comme un bastion de conservatisme ne le connaissent pas. Simplement, vous avez été tant de
fois échaudés, tant de fois on vous a promis et tant de fois on n’a pas tenu, qu’il est normal que vous
demandiez à voir avant de soutenir. Vous avez vu. Je n’ose dire que vous pouvez soutenir.
9/9
C’est en tout cas le voeu que je forme en vous présentant au nom des ministres, en mon nom personnel,
les souhaits pour que votre activité professionnelle soit rayonnante. Et qu’à titre personnel vous ayez
au cours de cette année 2010 beaucoup de joies.
Bonne année à tous.
Je vous remercie.
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12-1-2010 Voeux de Monsieur le Président de la République a prononcés à l'occasion de ses vœux aux forces aux personnels de santé.
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Madame la ministre, Chère Roselyne Bachelot,
Monsieur le Maire de Perpignan,
Monsieur le Président, Cher Jean-Paul Alduy,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames, Messieurs,
Si vous me le permettez, chers amis,
Le nouvel hôpital de Perpignan, que je viens de visiter, offre le visage d’un établissement de santé
moderne, proposant les meilleurs soins, soucieux du confort des patients et de ses personnels.
L’hôpital de Perpignan est à l’image de notre système de santé. Il vit, il se transforme sans cesse pour
s’adapter à l’évolution des besoins d’une population qui va vivre plus longtemps et de techniques
médicales qui sont de plus en pointues.
La santé est l’une des premières préoccupations des Français. Etre en bonne santé est une des
conditions de l’expression de nos capacités, de nos talents, de nos aspirations.
Face à cette attente, les professionnels de la santé sont en première ligne. Les directeurs, les médecins,
les infirmières, les aides-soignantes, les brancardiers, les manipulateurs de radiologie, les biologistes,
les ouvriers, les ingénieurs, les cadres et personnels administratifs, à l’hôpital. Mais sont en première
ligne aussi les cabinets libéraux, les médecins libéraux au domicile des malades qui remplissent
chaque jour et chacun leur rôle dans une mission qui les honore : sauver des vies, soigner, soulager,
accompagner. Il n’y a pas de mission plus noble, il n’y a pas de plus bel engagement.
Je suis venu ici à Perpignan pour rendre hommage à la qualité de votre travail au service du patient, à
votre attachement à l’hôpital et à ses missions de service public, à la passion qui vous anime au
quotidien dans l’exercice d’un métier ô combien exigeant, mais ô combien passionnant. Je veux aussi
saluer votre aptitude à apporter aux personnes malades, au-delà de vos compétences techniques,
l’humanité, l’écoute, l’attention dont ils ont besoin.
Permettez-moi de vous adresser, à vous tous, mes meilleurs voeux pour 2010. En tant que chef de
l’Etat, je sais bien que la santé, préoccupation majeure des Français, je viens de le dire, est aussi un
secteur économique déterminant : 200 milliards d’euros chaque année, 2 millions d’emplois. Et nous
devons sans cesse faire face à de nouvelles menaces sanitaires, qu’il est souvent d’ailleurs impossible
de voire poindre. La santé est un domaine privilégié de l’action publique et mon devoir de chef de
l’Etat est de m’y investir pleinement. Je ne peux pas dire que la santé est une préoccupation majeure
pour les Français et ne pas considérer que c’est un secteur majeur d’activité et de préoccupation pour
le Président de la République Je m’y investis pleinement et je soutiens Roselyne BACHELOT, notre
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ministre de la santé qui, à ma demande, a lancé des réformes ambitieuses : la réforme de l’hôpital,
qu’elle a eu le courage de mettre en oeuvre, le LMD pour les infirmières, le plan Alzheimer, le plan
Cancer, le développement des soins palliatifs.
Un sujet d’actualité : j’ai vu que certains commentateurs, comme certains responsables politiques, ont
reproché au Gouvernement la gestion de la grippe. Je pense que le gouvernement a tenu le cap et a fait
ce qu’il fallait pour protéger la population. Je vais m’en expliquer avec vous. Mon devoir de chef de
l’Etat, comme le devoir du ministre de la santé, c’est de protéger les Français. Le mot « protéger » a
un sens. Il est tout à fait normal que les commentateurs commentent. Moi, je suis responsable. Les
Français ne supporteraient pas que je me contente de commenter à mon tour, je dois agir et je dois
décider. Et dans le cadre de la grippe, le choix que nous avons fait avec le gouvernement, avec
Roselyne BACHELOT, c’est de protéger les Français. Il semble que le virus de la grippe s’avère
moins dangereux que ce que tous les experts prévoyaient en septembre : tant mieux. L’hiver n’est pas
fini. Je demande à chacun de ne tirer aucune conclusion définitive en la matière. Je voudrais au
moment où je vous parle avoir une pensée particulière pour les 250 personnes décédées à cause de la
grippe A/H1N1 et pour leurs familles. Le Gouvernement n’en a pas trop fait. La campagne de
vaccination se poursuit et il n’est pas trop tard pour se faire vacciner dans les centres, dans les grandes
entreprises, dans les grandes administrations, dans les hôpitaux ou auprès des médecins généralistes.
Le Gouvernement a pris les décisions qui s’imposaient pour tenir compte du fait que la vaccination
nécessite une seule injection. Quand nous avons passé commande des vaccins en juillet dernier, tous
les experts recommandaient deux injections. Je vous demande de réfléchir, mes chers compatriotes.
Que m’auriez-vous dit si nous avions manqué de vaccins ? Qu’aurait-on dit de Roselyne BACHELOT
si telle ou telle personne était décédée parce qu’elle n’avait pu se faire vacciner à temps ? Qu’est-ce
que l’on aurait dit ? Dans les 30 dernières années on a connu deux crises sanitaires. Est-ce que l’on a
déjà oublié la canicule ? C’était en 2003, si mon souvenir est exact. Est-ce que l’attitude à l’époque du
ministre de la santé avait été comprise ? Il avait dû démissionner parce qu’à tort ou à raison on avait
estimé qu’il n’avait pas pris les mesures nécessaires pour protéger les Français. Que cela soit injuste
sans doute, mais c’est ce que l’on avait estimé. Qui, aujourd’hui, peut dire que l’on avait félicité le
gouvernement de l’époque d’avoir sous-estimé la canicule et ses conséquences ? Vous savez, je ne dis
cela pas pour montrer du doigt qui que ce soit, cela n’a pas de sens, le passé est le passé. Mais mon
devoir de chef de l’Etat, c’est de tenir compte des erreurs qui ont été faites dans le passé pour qu’elles
ne se reproduisent pas. A quoi cela sert-il d’avoir inscrit dans la Constitution, à la demande de mon
prédécesseur, le principe de précaution si on ne prend pas de précaution ? Dans le courant des années
80, quand il y a eu l’émergence du SIDA, la si douloureuse affaire du sang contaminé, un ministre de
la santé fut condamné, - condamnation juste ou injuste, il ne m’appartient pas de me prononcer - parce
que les bonnes décisions n’ont pas été prises au bon moment. J’ai demandé à Roselyne BACHELOT
de prendre toutes les décisions qui s’imposaient.
On a trop de vaccins ? On annule les commandes. On a trop de vaccins ? On revendra ceux que l’on a
en trop. Mais il n’y a pas un seul Français qui pourra dire à la ministre de la Santé « je voulais être
vacciné, je n’ai pas pu être vacciné ». Voilà la différence entre ceux qui commentent et ceux qui
agissent. Nous devons faire des choix, prendre des décisions. Les choix me sont proposés par la
ministre, je les fais et je les assume. Et je préférerai toujours, mes chers compatriotes, être trop prudent
pour la santé des autres, plutôt que pas assez. Et vous qui appartenez à la communauté médicale ou
paramédicale, j’aimerais mieux que l’on vous reproche d’avoir fait trop d’examens que de laisser
partir chez lui un patient à qui vous n’avez pas fait passer le bon examen et qu’il le paye après. Donc
vous, vous pouvez parfaitement comprendre ce que je viens de dire. Je le fais simplement pour rétablir
les choses. Comme l’on dit : mettre les points sur les i. Cela ne peut pas faire de mal, surtout en début
d’année.
Par ailleurs, la réforme de l’hôpital, Roselyne BACHELOT le sait, c’est une des réformes auxquelles
j’attache le plus d’importance. La loi Hôpital a été promulguée le 21 juillet. Nous sommes dans la
phase de mise en oeuvre. Les premiers textes d’application sont parus. Je souhaite, Roselyne, que
3/7
l’ensemble des décrets - et il y en a beaucoup -, soit publié avant le premier anniversaire de la
promulgation de la loi.
La loi met à la disposition des acteurs de l’hôpital un grand nombre d’outils pour améliorer la qualité
des soins et mieux répondre aux attentes des patients. Une gouvernance modernisée. Oui, M. le
directeur de l’hôpital de Perpignan, les responsabilités du directeur sont plus grandes. Cela ne veut pas
dire qu’on a éloigné les médecins. Ces responsabilités du directeur s’exercent dans un cadre collégial,
au sein du directoire, en liaison étroite avec le président de la commission médicale d’établissement,
vice-président par ailleurs du directoire. Je veux que vous me compreniez sur ce point. L’hôpital
souffrait de difficultés multiples, mais il y en a une qui était majeure. C’est que dans l’hôpital d’avant
la loi de Roselyne BACHELOT, tout le monde avait le pouvoir de dire non et personne n’avait la force
de dire oui. Et vous le savez très bien. Maintenant le directeur a le pouvoir de dire oui et il devra
rendre des comptes devant les agences régionales de la qualité de sa gestion et de la pertinence de ses
choix.
La loi permet aussi aux hôpitaux de bénéficier de souplesses de gestion. Certains directeurs, certains
médecins, pourront être recrutés par la voie contractuelle, avec des conditions plus attractives.
L’intéressement des personnels à l’activité, à la qualité et à l’équilibre du budget, doit être développé.
Je considérerais comme parfaitement normal qu’un hôpital qui exécute son budget en équilibre et qui
le doit au travail et à l’activité du personnel, rémunère et intéresse ce dernier aux résultats de l’hôpital.
La performance n’appartient pas qu’au privé. La performance appartient aussi au domaine public. La
performance d’ailleurs n’est pas un gros mot. Je souhaite que les déficits des hôpitaux soient ramenés
à zéro d’ici 2012. Ce n’est pas une question d’idéologie, c’est une question de bon sens : quand un
hôpital est en déficit, il ne peut plus investir, il ne peut donc plus préparer l’avenir. Un hôpital dont les
comptes sont à l’équilibre est un hôpital qui peut investir dans de nouvelles compétences, de nouveaux
équipements, de nouveaux bâtiments. Il ne se passe pas un jour sans qu’une nouvelle découverte soit
faite par la recherche biomédicale. La médecine évolue à toute vitesse et l’hôpital ne peut pas rester à
l’écart de ce mouvement. Un hôpital bien géré, efficient, est en situation de suivre le mouvement.
Enfin et je le dis dans cette région, la réforme de l’hôpital a une dimension territoriale. Nos
établissements doivent davantage coopérer entre eux pour mieux organiser la prise en charge des
malades au sein d’un bassin de vie. Nous n’avons pas le droit d’accepter les doublons. L’argent dont
nous avons besoin, on doit le consacrer à améliorer les conditions de travail des personnels et à
financer les découvertes médicales. Les doublons sont un non sens. C’est tout l’enjeu des
communautés hospitalières de territoire. Les agences régionales de santé devront elles aussi, dans
chaque territoire, inciter les hôpitaux à s’adapter à l’évolution des besoins de la population, en se
reconvertissant dans le grand âge ou le handicap lourd.
Les infirmières et infirmiers. Je sais bien que leur rôle est déterminant, absolument déterminant.
Pendant toute la campagne présidentielle, j’ai dû rencontrer la totalité du demi-million d’infirmiers et
d’infirmières de France. Tout le monde me disait : « M. SARKOZY, le LMD ! » Le LMD, pour
Licence – Master – Doctorat, c’est la reconnaissance de votre rôle éminent. Les infirmières qui ont
débuté leurs études en septembre 2009 et seront diplômées en 2012 auront la licence. Parce que trois
années après le Bac, Bac +3, c’est la licence. Et c’était une injustice que cette licence ne vous soit pas
reconnue. C’est fait ! Je l’avais promis, nous avons tenu cette promesse. Et dès cette année, pour tenir
compte de cette reconnaissance universitaire, les infirmières déjà en fonction qui le souhaitent, vous
pourrez passer en catégorie A. Vous êtes aujourd’hui en catégorie B. La décision est prise. Cela
représente 2 000 euros nets de rémunération en plus chaque année. Je l’avais promis, je le fais.
Mesdames et Messieurs, vous le méritez. C’est une revalorisation sans précédent de la condition
infirmière. C’est un effort financier qui va coûter 500 millions d’euros. C’est la reconnaissance de
votre place centrale dans la chaîne de soins et de votre capacité à exercer certaines des missions jusque
là dévolues aux médecins Je le dis, j’assume mes responsabilités. : Par exemple le suivi de personnes
atteintes de maladies chroniques. Une infirmière peut parfaitement suivre ces patients.
4/7
J’ajoute que pour celles qui sont déjà infirmières, vous aurez le choix. Si vous voulez passer en
catégorie A, vous pouvez. Vous aurez un meilleur salaire et une meilleure retraite. Mais les personnels
de catégorie A partent à la retraite à 60 ans. Si vous voulez rester catégorie B, d’accord. Vous n’aurez
pas de revalorisation, mais vous partirez à 55 ans comme personnels de catégorie B. Il me semble que
c’est juste, que c’est honnête. Et que c’est ce que vous attendiez. Qui peut croire que l’on peut mettre
500 millions de plus pour revaloriser votre métier – On en a besoin, on manque d’infirmiers et
d’infirmières – sans demander des contreparties. On ne peut pas demander à passer du statut B à la
catégorie A et n’avoir que les avantages de la catégorie A sans les contraintes de la catégorie A. Ce ne
serait pas honnête. Ce que nous proposons est strictement conforme à ce à quoi je m’étais engagé et je
pense que c’est juste, et que cela va revaloriser beaucoup le métier d’infirmière.
Je me suis engagé personnellement dans trois combats de santé publique : Alzheimer, le cancer et le
développement des soins palliatifs. Ce sont des situations qui frappent des millions d’entre nous.
Grâce au plan Alzheimer, 17 maisons pour l’accueil et l’intégration des malades d’Alzheimer
(MAIA), ont été ouvertes, ainsi que 11 plateformes de répit pour soulager les proches, qui sont en
cours d’expérimentation. Ces expérimentations seront généralisées à compter de 2011. Des équipes
françaises de recherche ont par ailleurs découvert deux gènes associés à la maladie d’Alzheimer. Cette
découverte majeure permet de mieux connaître ce fléau. Mesdames et messieurs, Alzheimer va
toucher la quasi-totalité des familles de France. Quand j’ai réuni avec Roselyne Bachelot et Valérie
Pécresse les chercheurs sur Alzheimer, ils m’ont dit : « on n’a rien trouvé, on a mobilisé beaucoup
d’argent, on n’a pas le droit de laisser dans l’ombre cette maladie qui brise des familles. » Alors pour
accompagner plus dignement la fin de vie, j’ai voulu développer les unités de soins palliatifs. Mourir
dignement, dignement..Mais certains le font dans des conditions qui ne sont pas à l’honneur de notre
pays. Quand on est condamné, que l’on se sait condamné, on doit pouvoir être accueilli dans des unités
de soins palliatifs où l’on accompagne le patient, où on entoure sa famille. C’est un devoir de la
société française de prendre en compte cette réalité qui peut arriver à tout le monde. J’ai passé il y a
quelques années un long moment dans une unité de soins palliatifs et j’avais été bouleversé de la
rencontre avec une jeune femme dont le mari a été emporté par un cancer foudroyant à 35 ans et qui
m’avait dit combien cela l’avait soulagée d’avoir été accueillie avec son mari dans une unité de ce
type. Elle m’avait expliqué quelque chose de très important, c’est que l’accompagnement avait suivi le
décès, qu’on ne l’avait pas laissé tomber. Cette part d’humanité, je souhaite qu’on la développe, c’est
une priorité pour moi. Et je remercie Roselyne Bachelot, puisque nous avons six unités de soins
palliatifs de plus et les créations vont se poursuivre. Vous savez, donner de l’humanité à notre système
de santé, c’est essentiel. Il n’y a pas que la performance, il n’y a pas que l’excellence médicale, il y a
l’excellence humaine. Et cela, c’est dans les unités de soins palliatifs qu’on le trouve et on n’en parle
pas souvent. On préfère amener un Président de la République devant l’IRM le plus extraordinaire,
devant l’équipe de chercheurs la plus merveilleuse, c’est mon devoir. J’étais ainsi hier à Saclay. Mais
dans ces unités de soins palliatifs, il y a un personnel fantastique. Voilà, ces gens-là jouent un rôle
considérable et je souhaite que cela soit toujours notre priorité.
Le Plan cancer II, puisque mon prédécesseur Jacques CHIRAC avait lancé le Plan cancer I et il avait
eu raison. Pourquoi un Plan cancer II ? Parce que je suis frappé de la compétence extraordinaire de nos
médecins et de nos équipes, mais aussi de la dispersion fantastique des moyens et des compétences. Je
le dis : pour être à la pointe de la recherche en matière de cancérologie, il faut faire des pôles
mondiaux. Je ne suis pas fasciné par la taille, mais il faut faire des pôles qui ont la taille critique. Il
faut avoir beaucoup de patients pour pouvoir tester toutes les hypothèses. Il faut rencontrer beaucoup
de situations. Le cancer brise des dizaines de milliers de familles chaque année. On n’a pas le droit de
disperser nos moyens. Et c’est pour cela qu’avec Roselyne, j’ai voulu un Plan cancer II.
Qu’il me soit permis d’adresser un message particulier aux médecins libéraux parce qu’ils ont pu se
sentir oubliés, sans doute à tort, parce que toutes les réformes dont je viens de parler les concernaient,
bien sûr, mais ne les mettaient pas au coeur de notre action. La loi hôpital, chère Roselyne, consacre la
notion de médecine de premier recours, notion très importante. L’hôpital, c’est la phase aiguë et cela
doit rester la phase aiguë de la maladie. De grâce, je le dis à nos compatriotes, protégez l’hôpital !
5/7
Trop de monde vient aux urgences sans raison et trop de monde reste trop longtemps à l’hôpital. Nous
avons un problème d’amont et un problème d’aval. L’hôpital, c’est la phase aiguë, il faut protéger
cette notion.
Le médecin libéral est le premier recours. Il a un rôle absolument central. Le médecin généraliste est
un repère indispensable dans notre vie quotidienne et nous aurons toujours besoin d’un médecin à
proximité.
La médecine libérale est confrontée à deux défis très difficiles. Le premier est numérique. Le 1er
janvier 2009, il y avait 200 000 médecins ayant une activité régulière, dont la moitié de libéraux. C’est
un nombre qui diminue : moins 2% par rapport au 1er janvier 2008. Il y avait 290 médecins pour
100 000 habitants en 2009, contre 300 médecins en 2008. La situation va se dégrader jusqu’en 2025,
date à laquelle la densité de médecins aura retrouvé son niveau de 1985.
Le défi numérique touche particulièrement l’exercice libéral. Mais rendez-vous compte que sur dix
inscriptions à l’ordre de nouveaux médecins, il n’y en a plus qu’une aujourd’hui en libéral. Les autres
inscriptions sont le fait de médecins salariés ou remplaçants. La baisse de la densité médicale sera
donc plus forte pour la médecine libérale que pour les autres modes d’exercice.
Nous devons nous interroger sur les raisons de cette situation. L’exercice libéral a perdu de son
attractivité : c’est le deuxième défi, qualitatif, auquel est confrontée la médecine de notre pays.
Plusieurs facteurs rendent compte de la mutation profonde que va connaître la médecine libérale :
l’évolution de l’hôpital lui-même. Je l’ai dit : l’hôpital ne peut pas traiter toutes les situations. C’est
tellement commode : on a une fièvre, un problème, à n’importe quelle heure on arrive à l’hôpital.
Il y a l’évolution du mode de travail des médecins. Traditionnellement, le médecin libéral exerce seul
dans son cabinet. Il ne compte ni ses heures ni ses nuits ni ses jours, mais le médecin libéral de demain
travaillera parfois de façon différente. Ce sera par exemple une femme qui travaillera trois à quatre
jours par semaine. C’est un médecin qui peut aussi aspirer à travailler quelques mois de l’année
seulement sous un statut de remplaçant. C’est un professionnel qui, de fait, travaillera moins que ses
prédécesseurs. C’est quelqu’un qui hésitera à exercer seul dans son cabinet et préfèrera partager son
expérience avec ses confrères.
Il faut que nous prenions en compte cette réalité sociologique.
En résumé, la médecine libérale doit être, j’emploie un mot fort, refondée à l’heure même où les
demandes qui lui sont adressées n’ont jamais été aussi nombreuses.
C’est un enjeu immense. Je souhaite donc confier une mission d’état des lieux et de propositions à une
personnalité reconnue, en l’occurrence le Docteur Michel LEGMAN, président du conseil national de
l’ordre des médecins. Je lui demande de réfléchir pour inventer un nouveau modèle de soins de
premier recours qui fasse toute sa place à la médecine libérale. Le Docteur LEGMAN s’entourera
d’experts au sein d’un groupe de travail restreint. Je souhaite qu’il me remette ses propositions à la fin
du mois de mars. Je vais vous expliquer quelque chose. Un rapport est intéressant s’il remet ses
propositions rapidement et si le pouvoir politique prend les décisions dans la foulée. Notre pays croule
sous les rapports interminables, exceptionnellement intelligents, tellement intelligents que personne ne
les a compris. Et que personne n’en a tiré la moindre conséquence. On ne peut pas dire que la
médecine libérale a un problème et considérer que l’on a trois ans pour réfléchir gravement à ce
problème puis trois ans pour faire la concertation sur ce même problème. Il n’y aura plus de médecins
qu’on réfléchira encore à l’avenir de la médecine libérale. On voit parfaitement où sont les problèmes.
Michel LEGMAN a ma confiance, mon amitié, s’il le permet, et beaucoup d’expérience. A lui de nous
faire des propositions et avec la Ministre, nous verrons ce qu’il conviendra de faire.
6/7
Je pense que dans ces propositions, il faudra simplifier la vie du praticien. Les travaux administratifs
occupent une part croissante du temps du médecin, c’est absolument anormal. Le temps passé à la
paperasse, c’est du temps en moins pour soigner les malades.
Il y a le problème de la qualité des soins et de l’évaluation. La médecine de demain est une médecine
basée sur les preuves, avec des protocoles correspondant aux standards internationaux.
Il y a le problème des structures et des moyens techniques. Le choix des conditions d’exercice doit
évidemment rester entièrement libre. Il faut rester fidèle aux principes de la médecine libérale. Mais
pour mieux accueillir le patient, pour mieux traiter les urgences sans gravité, nous devons offrir aux
praticiens qui le souhaitent la possibilité d’exercer dans des maisons de santé, des centres de soins
ambulatoires. Cette organisation favorise également l’achat de matériels techniques pour prendre en
charge les petites urgences. Il faut être moins sectaires dans notre façon d’appréhender la médecine
libérale.
Je pense également à la question de la mobilité. Le médecin généraliste, demain, n’aura pas un seul
mais plusieurs lieux d’exercice. Il faut aussi organiser la médecine libérale en ce sens, notamment
dans les zones rurales.
Il y a toute la question de la coopération avec les autres professionnels de santé. Il faut accepter l’idée
que les soins de premiers recours sont dispensés majoritairement mais pas exclusivement par les
médecins généralistes. Les pharmaciens d’officine, les infirmières libérales sont une composante de
l’offre de soins de premier recours. Les médecins généralistes ont intérêt à partager le premier recours
avec ces autres professions et à se recentrer sur des consultations de cas plus difficiles. C’est à cette
condition que leur métier trouvera sa juste valorisation. Au fond, recentrons l’hôpital sur la phase
aiguë de la maladie, réinstallons le médecin libéral sur la phase la plus préoccupante du premier
recours et travaillons davantage avec les autres professionnels de santé, infirmiers, infirmières,
pharmaciens. C’est toute une équipe au service du patient. Si tout le monde veut faire la même chose,
le système finit par ne plus fonctionner.
Voilà ce que je demande à Michel LEGMAN pour que Roselyne BACHELOT puisse préparer les
décisions.
Et puis ce n’est pas la peine que je m’explique sur mon appétence à prendre des décisions rapidement,
j’ai été élu pour résoudre les problèmes, mes chers compatriotes, pas pour les commenter. Cela
m’amène à prendre des décisions souvent difficiles et je vous assure que sur mon bureau, la pile des
décisions faciles, avec beaucoup de générosité, on l’a fait diminuer énormément avant que j’arrive. La
pile des décisions difficiles a moins diminué.
Mais c’est ainsi et je voudrais terminer en évoquant la situation de l’assurance maladie et le
financement des dépenses de santé.
Là aussi je dois prendre mes responsabilités. Rien ne peut expliquer que nous financions les dépenses
de santé par de la dette. Les malades d’aujourd’hui ne peuvent pas faire financer leurs soins par les
actifs de demain. Emprunter pour financer de l’investissement qui soutiendra l’économie, c’est
légitime. Emprunter pour financer les dépenses de maladie d’aujourd’hui, ça ne l’est pas.
L'assurance maladie a été mise à rude épreuve par la crise économique. C'est la première fois depuis la
seconde guerre mondiale que nous connaissons une diminution de la masse salariale, sur laquelle sont
assises les cotisations, deux années de suite. Les deux-tiers du besoin de financement du régime
général en 2009 sont imputables à la crise, les trois-quarts en 2010.
Nous devons être particulièrement vigilants sur nos dépenses : l'objectif national de dépenses
d'assurance maladie a été fixé à 3%, un niveau ambitieux, en 2010. Nous devons également poursuivre
les efforts de rénovation de notre système de santé engagés en appliquant la loi « Hôpital ».
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A la fin du mois de janvier, je tiendrai une conférence sur le déficit qui évoquera la méthode pour
rééquilibrer les comptes de l’assurance maladie puis pour maintenir cet équilibre dans le temps. Bien
entendu, les options qui seront retenues, le moment venu, devront faire l’objet d’une concertation.
Nous avons pendant des décennies bénéficié d’un système de protection efficace contres les aléas de la
maladie. Nous devons le sauvegarder pour les générations futures.
Voilà, Mesdames et Messieurs,
J’espère que vous avez compris que, pour moi, le domaine de la santé, - vos métiers, votre univers -,
est absolument prioritaire. J’en parlais tout à l’heure avec Roselyne BACHELOT : je ne sais pas
combien d’hôpitaux j’ai visités depuis que je suis Président, et bien avant. Parce que l’hôpital est un
endroit curieux où il y a beaucoup de souffrance mais aussi beaucoup de bonheur. C’est un endroit où
l’on meurt et c’est un endroit où l’on naît. C’est un endroit où il y a beaucoup de passion. Il y a
beaucoup de fatigue, mais en même temps jamais je n’ai vu personne me dire qu’il n’aimait pas son
travail.
Je voudrais dire à vous qui représentez les deux millions de personnes qui travaillent dans la santé à un
titre ou à un autre, que j’admire votre passion, que j’admire votre abnégation, que j’admire votre
compétence, que le pays en a besoin. Au fond, ces réformes que nous mettons en oeuvre, elles ont
l’unique objectif de vous permettre de mieux faire votre travail. Nous devons tenir compte de
contraintes complexes mais nous devons aussi vous permettre de faire mieux votre travail. Et que vous
puissiez dire à vos enfants que la voie professionnelle que vous avez choisie, c’est une voie d’avenir.
Il y a un avenir, il y a une possibilité.
Croyez bien que ces voeux que je forme pour vous sont des voeux très sincères. Bonne année 2010
pour vous-même et pour vos familles.
Je vous remercie.
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13-1-2010 Voeux du Président de la République aux Parlementaires, aux représentants du Parlement européen et au Conseil de Paris
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Mesdames et Messieurs,
Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le président du Sénat,
Monsieur le président de l’Assemblée nationale,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les députés et les sénateurs,
Monsieur le maire de Paris,
Mesdames et Messieurs les représentants au Parlement européen,
Mesdames et Messieurs les Conseillers de Paris,
Je suis heureux de pouvoir vous présenter mes voeux pour cette nouvelle année. Ce sont d’abord des
voeux pour chacun d’entre vous, pour vos familles et pour tous ceux que vous aimez mais au-delà
chacun comprendra qu’à travers chacun de vous, je veux adresser mes voeux aux institutions que vous
représentez. Et la mort si subite du Premier Président de la Cour des comptes, Philippe SEGUIN,
montre combien, quelle que soit la qualité des hommes, notre destin est fragile et nos institutions,
celles que nous présidons, ont naturellement une durée de vie plus importante que la nôtre.
Je voudrais également avoir une pensée toute particulière pour le peuple haïtien que tant de liens
unissent à la France et qui vient d'être frappé par une catastrophe épouvantable, frappé par le malheur.
Je veux lui dire au nom de la Nation française que nous sommes solidaires de ses peines et de ses
souffrances et que la France sera puissamment aux côtés du peuple haïtien pour l'aider à surmonter
cette épreuve.
Un bref rappel sur la gravité de la crise économique.
En vous adressant mes voeux pour cette nouvelle année, je ne peux faire abstraction du fait qu’il y a un
an, comme toutes les nations industrialisées, la France s’est trouvé au coeur de la crise la plus grave
qu’ait connue le monde depuis les années 1930.
Vous, les élus de la République, vous êtes au premier rang pour savoir mieux que quiconque que nos
compatriotes en ressentent encore durement les conséquences.
Quand la crise s’est abattue sur notre pays, en deux étapes, la crise financière puis la crise
économique, on a tout de suite vu la violence de cette crise. Jamais le monde n’avait connu une crise
qui emporte en même temps toutes les régions du monde. Crise financière, crise économique, mais en
même temps crise à l’est, à l’ouest, au nord, au sud, jamais on n’avait connu cela. Et naturellement
quand une crise de cette ampleur se produit, on reçoit de nombreux conseils et c’est utile. Les libéraux
veulent plus de liberté, les « sociaux » veulent plus de social. Ceux qui croient en l’Etat veulent plus
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d’Etat. Et chacun, souvent d’ailleurs de bonne foi, pense que forcément la solution qu’il propose est la
bonne. Il y a les experts qui n’ayant pas prévu la crise se précipitent pour l’expliquer. Et puis il y a
tous ceux qui, défendant des intérêts légitimes, tirent un peu à hue et à dia pour essayer de tirer moins
mal que les autres leur épingle du jeu. Il y a ceux qui se préoccupent d’abord des déficits, les autres
qui se préoccupent d’abord de la croissance. Tout ceci est bien naturel.
Qu’avons-nous essayé de faire ? D’abord d’éviter la catastrophe, je veux dire la faillite du système
mondial. Ce n’était pas le plus difficile parce qu’à un certain moment de la crise, il n’existait plus que
les Etats pour faire rempart entre la stabilité et la catastrophe et quand je dis les Etats ce n’est
naturellement pas tout les Etats mais les Etats représentatifs des pays économiquement, financièrement
les plus puissants dans le monde.
Cette catastrophe, je crois qu’elle a été évitée et ce fut heureux parce qu’il y a eu une mobilisation sans
précédent de quelques Etats au service de cette sauvegarde. Il a fallu d’ailleurs agir dans des
proportions, dans des modalités que le monde n’avait jamais connues. Je garderai longtemps en
mémoire le Sommet de l’Elysée où, avec les autorités monétaires européennes, les membres de l’euro
groupe, nous nous sommes réunis en se demandant si nous allions passer la semaine qui suit : les
banques ne se prêtaient plus entre elles, les liquidités n’allaient pas dans l’économie mais revenaient
dans les banques centrales, le système ne fonctionnait plus.
Et naturellement, il faut que vous les législateurs, vous les élus de la République et nous le
Gouvernement de la France, nous ayons bien cela en mémoire : il y a un an le monde est passé proche
de la catastrophe. Des agents économiques, des agents financiers vont l’oublier, nous ne pouvons pas
l’oublier.
Et puis le système sanguin de l’économie mondiale, c’est-à-dire le système financier, est reparti, avec
des banques françaises qui ont fait preuve de plus de solidité que les autres. Nous nous sommes
ensuite trouvés face à la crise économique. La situation était alors beaucoup plus compliquée, parce
que la montée du chômage entraînait beaucoup de souffrances, en même temps ce n’était pas la
faillite, mais la récession. Et il a fallu trouver la bonne réponse. La difficulté dans tout cela, c’est que
nous ne pouvions plus nous attacher à une idéologie, à une théorie, parce qu’aucun des modèles que le
monde avait connus durant le XXe siècle ne pouvait s’appliquer exactement, - quoi de plus normal ? -,
nous sommes au XXIe siècle.
Qu’avons-nous essayé de faire à ce moment-là ? La reconnaissance du Gouvernement va aux deux
chambres qui nous ont permis, grâce à l’exercice de vos prérogatives législatives, de voter le collectif
budgétaire, le plan de relance, les différentes mesures de soutien à l’économie. Je sais que parmi vous,
et pas simplement dans l’opposition, mais aussi dans la majorité, il y a eu des débats. Et c’est heureux.
Rendez-vous compte, si, devant une crise de cette ampleur, on ne débattait pas, si on était assuré
d’avoir la vérité ? Mais maintenant nous avons les premiers résultats. Nous pouvons donc savoir si
nous nous sommes trompés, si nous avons eu tort et si nous avons eu raison. Des débats avec les
commissions des finances d’abord, sur les déficits et l’endettement. Fallait-il mettre de l’argent pour
relancer ? Pour les uns, le plan de relance n’était pas si important, pour les autres, il l’était encore trop.
Au résultat, la France vient de connaître deux trimestres consécutifs de croissance positive. Ce n’est
pas suffisant pour qu’il y ait moins de chômeurs, mais c’est suffisant pour dire que nous sommes sortis
de la récession. Ce n’est pas suffisant pour avoir un taux de croissance qui permet de faire reculer le
chômage, on verra ce que donne le dernier trimestre. Tout laisse à penser qu’il sera positif. Mais nous
avons pu nous en sortir.
Face à cela, nous avons essayé de calibrer, avec le Premier ministre, la ministre des finances Madame
LAGARDE, et le ministre du budget, Monsieur WOERTH, des plans adaptés à certaines situations. Ce
fut le plan bancaire. Beaucoup a été fait pour sa publicité. Entre ceux qui pensaient que c’était un
cadeau aux banques et qu’il fallait faire attention. Et les autres - dont j’étais - qui pensaient que c’était
indispensable. Personne aujourd’hui ne conteste qu’il fallait aider les banques. Je m’étais engagé au
nom du Gouvernement, Monsieur le Premier ministre, à ce que cela ne coûte rien aux contribuables.
Le plan bancaire français a rapporté deux milliards d’euros. Pas une banque française n’a fait faillite,
pas un épargnant n’a perdu ses économies. Je ne dis pas cela par satisfaction, mais parce que ce fut un
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débat qui nous a parfois opposé. Débat légitime, débat démocratique, débat utile : pourquoi en France
serions-nous condamnés à débattre avant des prévisions et ne jamais débattre après des réalisations ?
C’est utile. Nous avons eu également le plan automobile, - que n’ai-je entendu sur le plan automobile !
Protectionniste, passéiste, pire : nationaliste. Aujourd’hui 13 pays européens ont fait la même chose
que nous, représentant 90% de la production automobile. L’automobile en France, quel que soit par
ailleurs son engagement environnemental, c’est 10% de la population active française. Nous ne
pouvons pas abandonner l’industrie en général, et l’industrie automobile en particulier. Prime à la
casse, bonus malus, Monsieur le Ministre d’Etat, 6 milliards à nos deux constructeurs. Nous sommes
au début de l’année, nous pouvons faire le bilan de l’année précédente : jamais il n’y a eu autant de
ventes de voitures en France. Qui aurait l’idée de contester l’utilité de ce plan automobile ? Je le dis
simplement, mais je le dis de façon à être bien entendu au-delà de vous : nous ne mettons pas autant
d’argent dans le soutien à nos constructeurs automobiles pour que la totalité des usines s’en aille à
l’extérieur. Tout est une question d’équilibre. Il serait absurde d’empêcher un constructeur mondial
d’aller créer des usines à l’extérieur, - cela va de soi - . Mais à l’inverse, je veux contester fortement
une idée : les grands groupes, parce qu’ils sont mondiaux, n’ont plus de nationalité, mais j’ai observé
que dans la crise, tous les groupes internationaux retrouvaient assez facilement le chemin de leur
nationalité d’origine. Et de ce point de vue là, quel que soit le pays, que se soient des groupes
américains, allemands, italiens, suédois, français, aucun ne s’est trompé de guichet. Peut-être avaientils
oublié leur nationalité quand tout allait bien… Tout doit être une question d’équilibre. J’ajoute que
quand l’Etat est actionnaire de l’un deux, ce n’est pas un droit pour l’Etat d’intervenir, c’est un devoir,
c’est son devoir.
Il a fallu également honorer les promesses qui ont fait débat entre nous. Encore une fois, c’est à
l’honneur de notre démocratie. La TVA à taux réduit sur la restauration, je vous remercie de l’avoir
votée. Je pensais qu’au-delà des conséquences économiques et financières, il y avait quelque chose qui
se jouait sur cette décision, qui se jouait entre vous, nous et tous ceux qui nous regardaient ; la
crédibilité de la parole publique, qui est un sujet qui concerne l’opposition comme la majorité, la
gauche, le centre et la droite, un sujet qui nous concerne tous. A tort ou à raison, on l’avait promis,
martelé. Il fallait tenir. On ne peut pas mentir. Et en période de crise, le mensonge se paye encore
beaucoup plus cher parce qu’il y a de la souffrance. Je remercie donc le Parlement d’avoir suivi les
recommandations du Gouvernement en la matière.
Nous avons les chiffres prouvant les résultats obtenus. La France aura une récession en 2009 d’un peu
plus de 2%. Ce n’est pas fameux. L’Allemagne, 5%. Le Royaume-Uni, 4,6%. Le pouvoir d’achat, -
même si c’est difficile à entendre, parce que quand il y a de la souffrance, on ne comprend pas quand
on dit cela -, mais le pouvoir d’achat a continué à augmenter, dans la crise. Et, par ailleurs, - dernier
débat économique important qui nous a occupé - , la consommation. Non seulement elle n’a pas
diminué, mais elle a augmenté, certes de peu, 0,7%, mais dans toute la zone euro, elle a diminué de
1%. Quand il y a eu au mois de février dernier, si mon souvenir est exact, deux manifestations
d’ampleur en France, la question s’est posée : faut-il, avec les marges de manoeuvres dont nous
disposons, soutenir la consommation ou soutenir l’investissement ? Avec le Premier ministre, avec
Madame LAGARDE, nous vous avons demandé de soutenir l’investissement. Je crois que ce choix
était utile et qu’il était pertinent. Je vois avec plaisir la réussite du crédit impôt-recherche que vous
avez voté, je le dis amicalement à Eric WOERTH, - ce n’est pas pour le pousser à dépenser de
l’argent, mais bon, quand le Gouvernement propose au Parlement une mesure fiscale et que cette
mesure fiscale fonctionne, cela coûte de l’argent mais qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire
qu’enfin des groupes investissent dans la recherche en France. Tant mieux. Et je voudrais dire que
quand vous votez une mesure fiscale et que cela ne coûte rien, ce n’est pas forcément une bonne
nouvelle. Là aussi, il faut sortir d’un schéma un peu automatique. Je pense que les quelques deux
milliards et demi d’euros que nous investissons dans le crédit impôt-recherche sont une dépense qui
est bien utilisée et sur laquelle d’ailleurs personne ne reviendra. Cela nous coûte de l’argent, oserais-je
dire, mais c’est du bon déficit, pas du mauvais déficit. Il y a des économies qui sont de mauvaises
économies parce que le jour où il n’y a plus de laboratoires de recherche, où il n’y a plus de
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chercheurs, où il n’y a plus d’innovations en France, cela fait une économie l’année où vous le faites,
mais cela vous coûtera beaucoup plus cher par la suite.
Nous vous avons proposé également la création d’un fonds souverain à la française. Je connais le
débat. On m’a demandé si je ne perdais pas la raison, si je n’avais pas changé de place sur l’échiquier
politique et ceux-là même qui me décrivaient comme plus à droite que je ne pensais l’être, me
décrivaient, là, beaucoup plus à gauche que je ne l’ai jamais imaginé moi-même. Le FSI est doté de 20
milliard d’euros. Je vous le dis, je ne voulais pas que les Français se réveillent avec leurs grands
groupes, leurs fleurons ou leur petites entreprises ramassées à vil prix par des investisseurs étrangers
au prétexte que la Bourse s’était effondrée. A ce moment-là, il y aurait eu matière à commission
d’enquête pour le Parlement qui nous aurait posé la question : « qu’avez-vous fait pour défendre les
grands groupes français ? », parce que tout d’un coup le cours de Bourse, - parce que le marché ne voit
pas tout - , s’était effondré de moitié, et parfois plus. Cet outil est donc là pour défendre notre appareil
industriel.
J’aurais bien d’autres choses à vous dire. Je voudrais terminer par deux points.
Le premier, c’est la taxe professionnelle qui, à mes yeux, au-delà de ce qu’ont pu en dire les
commentateurs et les observateurs, a été un élément extrêmement utile et intéressant de la
collaboration entre le Parlement et le Gouvernement. Mais qui pouvait penser, - en tout cas pas moi - ,
que réformer la taxe professionnelle était si facile. Mais si cela avait été facile, cela aurait été fait il y a
bien longtemps. Et naturellement cela met en cause les collectivités territoriales. Je sais bien que
nombre d’entre vous ont une responsabilité locale, une responsabilité nationale. Certains sont contre,
d’autres, - dont je suis -, pensent que ce n’est pas forcément une bonne chose pour la démocratie
française que de spécialiser un corps de législateurs qui ne fait que de la législation et un corps
d’administrateurs territoriaux qui ne fait que de la gestion. Je ne suis pas sûr qu’on y gagnerait
beaucoup et je demande à ceux qui sont partisans de cette thèse de bien y réfléchir avant de nous
lancer dans une formule néfaste. Bien-sûr ce serait populaire, mais il y a tellement de choses, vous
savez, qui seraient populaires sans pour autant être utiles. La durée que donnent les institutions permet
au Président de la République, quel qu’il soit, de résister à cela. Au fond, nous avons trouvé un bon
accord. J’ai été très inquiet quand j’ai vu que sur les dix dernières années, la France avait perdu
500 000 emplois industriels. Je me souviens très bien de la campagne présidentielle : tous les jours,
« délocalisation » était le mot qui revenait. On ne venait pas me dire tous les jours « nos collectivités
territoriales ont des difficultés ». Bien-sûr, si la population a des difficultés, les collectivités
territoriales en ont et l’Etat aussi. Mais, on venait me dire, les difficultés proviennent du fait que nos
industries s’en vont. La taxe professionnelle existait en France et n’existait pas ailleurs. La taxe
professionnelle a comme assiette l’investissement. Or, le problème de la France est qu’il n’y a pas
assez d’investissements. Il fallait bien trouver une raison, une solution. Il fallait bien avancer, on ne
peut pas sans arrêt décrire les problèmes sans porter le fer dans ses problèmes. Ce que nous avons fait
grâce à vous.
Alors évidemment, Monsieur le Premier ministre, cela a été difficile, il a fallu se comprendre. Il y a
aussi un problème passionnant qui est le lien entre l’autonomie et l’égalité, l’autonomie et la
redistribution. Si on fait un taux national, on peut avoir plus de redistribution, mais si on fait un taux
national, il y a moins d’autonomie. Alors oui, il faut forcément trouver un équilibre. Je pense que
l’équilibre que le gouvernement a trouvé est un bon équilibre. J’en remercie les ministres qui se sont
beaucoup attachés à ce problème, je crois qu’au fond on a bien travaillé.
Je voudrais dire un dernier mot sur un sujet dont on a souvent parlé, pour bien me faire comprendre,
celui des impôts.
Je revendique une certaine singularité. Je sais bien que face à une difficulté, le plus simple c’est plutôt
d’augmenter les recettes que de diminuer les dépenses. Car pour augmenter les recettes, il suffit de
présenter un texte au Parlement. On passe un mauvais moment, mais on imagine qu’on a les recettes.
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Tandis que s’il faut tailler un peu dans les dépenses, c’est beaucoup plus compliqué, parce que ce n’est
pas simplement une affaire de Parlement. Après, il faut assurer le suivi, il faut convaincre. Et chacun
de demander un peu plus, ce qui est normal. Mais, Mesdames et Messieurs, la voie de l’augmentation
des impôts pour la France est une voie qui est fermée, parce que nous le savons, nous maintenant,
depuis le temps qu’on a tenté les augmentations d’impôts, gauche et droite confondues, est-ce qu’on a
résolu les problèmes de la France ? Est-ce que cela nous a empêchés, toutes ces augmentations
d’impôts, d’avoir depuis 35 ans des budgets en déficit ? Est-ce que l’augmentation d’impôt a réduit
notre endettement ? Est-ce qu’elle a apporté une solution ? Si au moins c’était le cas !
Dans le même temps, nous avons la dépense publique la plus importante de tous les pays de l’OCDE.
Maintenant nous avons même dépassé les Suédois. Il n’y aura pas d’augmentation d’impôts. A tous
ceux qui pensent que la solution est là, je voudrais dire un seul argument : si jamais la récession
revenait, alors les Etats ne pourraient plus jouer le rôle qu’ils ont joué, parce qu’ils ont utilisé leur
marge de manoeuvre. Ils ont pu le faire une fois, mais qui pourrait me dire qu’ils seraient capables de
le faire une deuxième fois ? Le temps d’aujourd’hui est donc le temps du soutien à la croissance qui
revient. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas parler de la dette, cela ne veut pas dire qu’il ne faut
parler du déficit, mais si la récession devait par malheur revenir, alors la dette, les déséquilibres, les
déficits seraient beaucoup plus importants.
Je prends simplement l’exemple de la sécurité sociale. C’est la première fois depuis 1945 que deux
années de suite, les cotisations - c’est-à-dire la base de l’assiette de sécurité sociale -, diminuent. Deux
tiers du déficit de cette année, trois-quarts du déficit de l’année prochaine.
Donc il n’aura pas d’augmentation d’impôts. En tout cas tant que j’exercerai les fonctions qui sont les
miennes. Et c’est d’ailleurs bien pour cela que j’ai voulu convaincre, parce que sur certains sujets on
peut être en désaccord bien sûr, notamment sur le bouclier fiscal. Mais je n’ai pas voulu céder, d’abord
parce que je l’avais annoncé dans ma campagne présidentielle. La parole donnée, la conviction, cela
doit compter quand même sinon plus personne ne contrôlera rien.
Deuxièmement parce que je pense que dans une société de démocratie et de liberté, il n’est pas
anormal que celui qui travaille garde la moitié de ce qu’il a gagné. Et troisièmement parce que notre
principal concurrent, notre principal voisin a le bouclier fiscal. Je crois à l’Europe et il n’est pas de
raison que l’Europe, ce soit toujours pour les Français les mauvaises nouvelles et les bonnes pour les
autres.
Bien sûr nous aurons encore beaucoup de débats économiques entre nous, ce n’est pas une affaire
facile, il faut être vigilant, et je crois que toutes les formations politiques, quelles qu’elles soient,
doivent apprendre le pragmatisme et la réactivité. Les deux. Telle mesure une année, mais pas
forcément telle mesure une autre année.
2010 pour vous, Mesdames et Messieurs les législateurs, sera aussi dense que 2009. Je sais bien que
vous avez beaucoup travaillé. Je sais bien que certains d’entre vous pensent « il nous l’avait déjà
promis l’an passé et il remet cela cette année ». Mais en même temps, vous connaissez l’immense
attente de vos électeurs, de vos compatriotes, et l’immensité des sujets sur lesquels il faut apporter des
réponses.
Nous vous solliciterons donc rapidement, sur le sujet de la sécurité. Brice HORTEFEUX présentera et
défendra la LOPPSI. Nous vous demanderons de terminer le vote sur la question des bandes. Et par
ailleurs, il faudra réfléchir avec vous à la protection de nos écoles, de façon à en faire des sanctuaires
abrités de la violence.
Ce sont des textes importants. Nous aurons à débattre des collectivités territoriales. Je sais là aussi que
c’était un sujet sensible, mais il est absolument passionnant ! Je n’ai entendu personne me dire,
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« surtout gardez l’organisation administrative de la France en l’état ». Communes, communauté de
communes, départements, régions, Etat, Europe. Et naturellement, à chaque niveau, en tout cas en
France, compétence générale. Chacun se disant : « Mais comment ? J’ai ma légitimité, je veux
m’occuper de tout ! Compétence générale. » D’ailleurs les élus ne sont pas en première ligne de
responsabilité : vos propres électeurs quand ils viennent vous trouver vous disent « Comment ? vous
avez la compétence générale ! Une subvention pour ceci, une subvention pour cela, une intervention
ici, une intervention là. » Ce sont les mêmes qui par ailleurs pensent que les impôts sont trop lourds et
qu’on ne comprend rien au système. Concernant le texte sur les collectivités territoriales, je vous avais
proposé au moment des voeux de 2009, qu’il soit l’objet d’une intense réflexion. Un an après le rapport
d’Edouard BALLADUR, vos deux chambres ont joué le jeu de cette réflexion, je veux vous en
remercier. Des groupes de travail, Messieurs les Présidents, se sont formés de manière transversale.
J’ai pris connaissance avec beaucoup d’attention de tous vos travaux.
Il me semble que les conditions sont réunies pour une réforme ambitieuse qui renforcera les
communes dans leur rôle, qui fera exister les métropoles, et qui renforcera les synergies – Dieu sait
qu’il y en avait besoin - entre régions et départements par la création de conseillers territoriaux.
D’autres textes suivront, un texte électoral, qui est toujours un élément de passion et de suspicion.
Quand c’est la gauche qui est au pouvoir et qu’elle modifie le mode de scrutin la droite se méfie, et
crie au scandale. Et puis quand c’est la droite qui est au pouvoir, la gauche fait la même chose. Le
Gouvernement ira au débat sur la réforme des scrutins avec beaucoup d’ouverture pour essayer de
faire le consensus le plus grand. L’expérience longue de la vie politique qui est la mienne me fait dire
que ceux qui pensent gagner une élection en modifiant le mode de scrutin n’ont aucune expérience de
la vie politique. Par conséquent, s’il est un sujet sur lequel le Gouvernement fera preuve de souplesse,
c’est bien celui-ci.
Je voudrais dire également un mot de nos départements d’Outre-mer. Un an après les événements
dramatiques, - puisqu’il y a eu mort d’homme en Guadeloupe - , un dialogue historique a eu lieu sous
la forme des Etats généraux de l’Outre-mer. On a eu bien du mal à le faire démarrer. Mais à l’arrivée,
je dois dire que j’ai été impressionné par la maturité de nos compatriotes d’Outre-mer. La participation
aux deux référendums Martinique et Guyane, n’a pas été assez soulignée par les observateurs : près de
50% pour un référendum sur l’article 73 ou l’article 74. Excusez du peu, c’est un succès pour la
démocratie Outre-mer. Et on ne peut pas reprocher à nos compatriotes outre-mer de s’être
désintéressés d’un débat. Près d’un sur deux a participé. Et nous avions dit que seuls voteraient nos
compatriotes ultramarins habitant outre-mer. Donc on ne peut même pas dire que c’est la communauté
outre-mer de métropole qui a fait le succès de la participation. Ecoutez, il y a eu des référendums dans
le passé en métropole, où le taux de participation n’était pas celui-ci. Le choix des Martiniquais et des
Guyanais de dire non à l’autonomie, sans ambigüité, démontre l’attachement profond et durable de nos
compatriotes au lien étroit qui les unit à la France. Ils seront appelés à voter lors d’un deuxième
référendum, comme je m’y étais engagé, pour savoir s’il y a la fusion des collectivités. Nous verrons
qu’elle sera leur réponse. Mais ce qui s’est passé est vraiment très satisfaisant, de même que le refus
d’appel à la grève général : il est très satisfaisant de voir la maturité de la démocratie. Et je veux
féliciter les élus ultramarins, quelle que soit leur couleur politique. Parce que moi je parlerai toujours
aux élus et jamais aux violents. Et on a bien été contents quand cela allait mal de trouver des élus,
toutes tendances politiques confondues, qui ont tenu dans nos départements d’Outre-mer. Et c’est un
bien mauvais service à rendre à la démocratie que de vouloir les décrédibiliser, car eux seuls portent la
légitimité.
Vous serez également saisis, enfin, du formidable chantier de modernité que représente à mes yeux le
Grand Paris, dont nous débattrons et qui sera un élément important.
Grenelle 2, l’environnement : Chantal JOUANNO et Jean-Louis BORLOO, viendront au premier
semestre devant vous. Par ailleurs la loi de modernisation agricole qui est un sujet absolument majeur
a été présentée ce matin au Conseil des ministres par Bruno LE MAIRE. Elle vise à ce qu’enfin la
France comprenne que les agriculteurs sont des entrepreneurs, qu’ils ne veulent pas d’une
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fonctionnarisation, qu’ils ne veulent pas de subventions, qu’ils veulent simplement vivre dignement du
fruit de leur travail. Que c’est un secteur de pointe de l’économie française et qu’il est temps de
résoudre des problèmes de compétitivité majeurs. Bien sûr, nous ne renoncerons pas à la mise en
oeuvre d’une fiscalité écologique. Il a fallu revenir deux fois pour HADOPI, et bien nous reviendrons
deux fois pour la taxe carbone. Je veux là aussi bien me faire comprendre : notre fiscalité est toute
entière organisée autour du travail ou du capital, le travail se délocalise, le capital se délocalise. Nous
sommes dans un monde ouvert. L’idée que pour aider au changement des comportements, on
encourage les consommateurs à consommer propre et les producteurs à produire propre, et pour cela
taxer la pollution et ceux qui polluent, est une idée forte. Nous n’avons pas le droit de passer à côté.
Ce serait trop simple bien sûr. C’est un changement, et face au changement, immédiatement les forces
du conservatisme, présentes à tous les niveaux de la société française, se mobilisent. Bien sûr ! Mais
en même temps, la France doit montrer l’exemple en la matière. Je m’y étais engagé. J’ai signé un
document avant d’être élu, et je veux que ma signature vaille quelque chose. Pour les particuliers, cela
ne changera rien, puisqu’on leur remboursera, et pour les producteurs, il faudra qu’ils produisent
mieux. Nous aurons l’occasion de débattre avec vous de ce sujet.
Et puis, nous aurons la question de la préservation de notre système de retraites. Je vois avec intérêt les
déclarations qui progressent. Qui viendra dire aux Français : « qu’on a le temps, qu’on ne sait pas,
qu’il faut attendre, que ce n’est pas le moment, que c’est pour les autres que le problème ne se pose
pas ? » Qui viendra le dire ? En tout cas, pas moi. J’ai une responsabilité, je l’assumerai. L’institution
du 5e risque, la dépendance. Toutes nos familles seront frappées par cette question épouvantablement
difficile, liée à l’allongement de la durée de la vie, cette question qui concerne la dépendance, son
financement, les maisons que partout vous me demandez, à juste raison d’ailleurs, comment pourrait-il
en être autrement ? Et ce fléau d’Alzheimer, son cortège de misère et de drame.
Et puis il y a aussi, bien sûr, la réforme de notre procédure pénale, qui est un sujet, je crois, très
important, qui va bien au-delà des polémiques que je vois ici ou là. Si on demandait aux Français ce
qui les a choqués toutes ces dernières années, Outreau viendrait assez haut dans la liste des décisions
qu’ils n’ont pas comprises. Il ne s’agit pas d’accabler tel ou tel, l’erreur est humaine, mais le système
était-il compris ? Nous aurons l’occasion d’en reparler.
Et bien sûr, je ne peux pas évoquer les sujets sur lesquels le Parlement aura à se prononcer en 2010
sans parler du voile intégral.
Le voile intégral, j’ai eu l’occasion de dire ce que j’en pensais devant le Congrès à Versailles. Le voile
intégral n’est pas le bienvenu en France, parce qu’il est contraire à nos valeurs et contraire à l’idée que
nous nous faisons de la dignité de la femme. Je vous demande de croire que nul ne peut douter de ma
fermeté sur ce sujet. Mais c’est parce que je n’accepterai rien qui soit contraire à nos valeurs les plus
fondamentales que je veux dire également, en tant que chef de l’Etat, qu’il est essentiel de faire en
sorte que personne ne se sente stigmatisé.
Dès lors que la liberté et la conscience de chacun sont concernées, nous devons, je dis nous, pas
simplement nous, gouvernement, nous devons, nous qui sommes l’expression de la souveraineté
nationale, nous devons chercher une solution qui permette d’obtenir la plus large adhésion possible.
C’est tout le travail qu’accomplit depuis plusieurs mois la mission parlementaire qui a été constituée.
En tant que Président de la République, je pense qu’il est sage d’attendre le fruit de ses consultations
et de ses réflexions avant de décider définitivement, d’autant plus que, d’après ce que j’ai compris,
c’est une question de jours.
Je souhaite que le Parlement en tire les conclusions par une résolution sans ambigüité, parce que la
réforme constitutionnelle vous en a donné le pouvoir, utilisez-le. Ce sera la première fois, et je ne
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verrai que des avantages pour la démocratie française que ce soit au sujet de la dignité de la femme
que la possibilité de voter une résolution soit utilisée.
Il faudra ensuite tirer les conséquences de cette résolution d’un point de vue législatif et réglementaire.
Le Parlement aura à débattre d’un texte de Loi adapté à la situation. Prenons garde de ne pas offrir aux
adversaires de la démocratie, de la dignité et de l’égalité entre les sexes, l’opportunité d’une victoire
qui mettrait notre société en situation bien difficile.
C’est parce que je veux avancer avec détermination pour défendre les valeurs qui sont parmi celles
auxquelles nous attachons le plus de prix que nous devons le faire avec le souci du rassemblement de
notre communauté nationale.
Je voudrais vous le dire avec gravité et avec le sens de la responsabilité qui s’impose à nous tous sur
un sujet comme celui-ci : je crois qu’il serait sage que nous réfléchissions et que nous décidions
indépendamment des échéances électorales à venir, qui ne sont jamais des périodes propices à la
sérénité et au calme qui sont pourtant indispensables pour traiter de ces grandes questions de société.
Toutes les forces politiques démocratiques et républicaines en sortiront grandies. Dans ce débat, il ne
peut pas y avoir les fermes, les mous, il n’y a que des citoyens et des représentants du peuple qui
essayeront de se hisser à la hauteur de la responsabilité qui est la leur.
Nous ne voulons pas du voile dans nos rues. Que le Parlement le dise clairement dans une résolution
sans ambiguïté et que nous adaptions ensuite nos textes réglementaires et législatifs. Plus il y aura de
monde réuni dans cette voie, plus la République française en sortira renforcée. J’ai voulu vous donner
mon opinion. En tant que chef de l’Etat, c’était mon devoir.
Enfin, un mot des nouvelles modalités du travail parlementaire. La réforme des institutions de notre
Constitution restera pour moi un grand moment.
C’était déjà le mois de juillet. L’histoire retiendra certainement qu’elle a été votée à deux voix. Moi, je
pense surtout que l’histoire devrait retenir que c’est l’une des réformes les plus importantes depuis
1958. J’observe d’ailleurs une évolution intéressante. Ceux-là même qui ne l’ont pas votée, - c’était
leur droit -, ce sont ceux-là même qui m’en demandent l’application avec le plus d’énergie. Allez, il y
a un peu de malice dans ce que je dis, c’est vrai. Mais, en même temps, il y a un certain plaisir. Parce
que je veux dire aux constituants que vous êtes, que nul ne reviendra sur l’essentiel des réformes que
vous avez votées.
Qui reviendra sur le pouvoir de résolution pour le Parlement ? Qui reviendra sur la limitation à deux
mandats pour le Président de la République ? Qui peut penser que l’on peut conduire un pays, le
cinquième pays du monde, dix ans pour ceux qui feraient deux mandats et qu’il est normal que notre
vie politique, à l’inverse de ce qui se passe dans les grandes démocraties, décline pendant quarante ans
dans chaque camp, les mêmes leader dont le travail, - assez réussi d’ailleurs - , consiste à faire en
sorte de surtout ne pas avoir de successeurs, - ce qui est une idée étrange, parce que le successeur est
forcément inéluctable. Il n’est pas si mauvais que cela, le successeur, puisqu’il sera passé par les
épreuves que vous-mêmes vous avez connues pour être son prédécesseur ! Je pense que c’est une des
réformes les plus importantes pour le renouvellement de la vie politique française.
De même, Mesdames et Messieurs les parlementaires, qui reviendra sur le pouvoir donné au
Parlement, après des auditions publiques, d’accepter ou de refuser une nomination fût-elle celle du
Président de la République ? J’ai connu des gouvernements auxquels j’ai participé, où le président
d’une de nos principales entreprises était simplement nommé par une décision. Pas de débat.
Aujourd’hui, débat : quel est votre programme ?
9/10
Certainement, on peut améliorer des modalités, pourquoi pas ? Bien sûr, certains me diront avec juste
raison, il y a le texte mais l’esprit, c’est difficile. Oui, c’est difficile de convaincre que nos institutions
aient prévu un exécutif fort mais qu’elles aient besoin d’un Parlement fort. Et que l’on ne peut pas, - je
le dis sous le contrôle d’Henri de RAINCOURT, je veux le remercier pour son travail inlassable - ,
moderniser un pays sans un Parlement fort.
La démocratie exemplaire que je n’ai cessé de défendre implique un Parlement qui assume ses
responsabilités. Je sais bien que, pour nombre d’observateurs, un Parlement est fort quand il refuse les
textes du gouvernement, toutes majorités confondues. Il y a, dans la salle, d’anciens Premiers
ministres. Ils pourraient dire mieux que moi combien c’est difficile une majorité mais, qu’en même
temps, si le Parlement et le gouvernement s’opposent, c’est une soustraction. Or, le pouvoir du
Parlement, c’est un pouvoir d’entraînement de l’exécutif aussi. Obliger l’exécutif à avancer. Obliger à
amender sur tel ou tel point. Moi, je pense que c’est indispensable. Vous le savez, je n’ai pas abusé des
ordonnances car je me souviens trop des ordonnances, gauche, droite. On est bien content quand on les
fait voter, mais quand cela ne se passe pas au Parlement, cela se passe dans la rue. Chacun doit bien
l’avoir présent à l’esprit. J’ai vu bien des mouvements sociaux qui se sont mal terminés parce qu’on
n’a pas voulu de ce temps de discussion avec le Parlement.
Je ne vous encourage pas à faire encore plus en 2010 ! Mais j’ai eu souvent l’occasion d’en parler avec
le Premier ministre et les ministres : il faut s’y habituer et la France n’y était pas tellement habituée à
coup de mesures exceptionnelles ou de sanctuarisation de ce qu’est la Présidence de la République. Je
pense que c’est vraiment important, même si le concours Lépine de la dernière bonne idée n’est pas
forcément la meilleure façon de gouverner tranquillement dans un univers où tout bouge. Cela peut
parfois inquiéter nos concitoyens.
En tout cas, je veux vous remercier aussi pour l’adaptation de vos règlements, Monsieur le Président
ACCOYER, Monsieur le Président LARCHER, sans oublier Jean-Luc WARSMANN et Jean-Jacques
HYEST.
Peut-être un dernier mot sur la présence des ministres en commission. Je ne comprends pas les
réticences de certains sur ce sujet. C’est la logique de la réforme. Franchement, je pense que les
présidents de commission et les commissaires devraient au contraire être heureux de la présence des
ministres dans les commissions, puisque cela rend le débat plus concret. Les ministres doivent aller
dans les commissions. C’est cela l’enjeu. On a voulu qu’il y ait plus de travail important en
commission qu’en assemblée générale, pardon de parler ainsi, mais la présence de l’exécutif est
nécessaire dans ce domaine.
Il en va de même pour l’ordre du jour. J’ai voulu le partage de cet ordre du jour. Mais je ne l’ai pas
voulu comme opposition où il y aurait deux semaines d’initiative parlementaire qui s’opposeraient à
deux semaines d’initiative gouvernementale dans un choc frontal. Personne n’y comprendrait rien.
Non, il y a deux semaines de priorité gouvernementale suivies de deux semaines de priorité
parlementaire. Mais il se peut que cela soit les mêmes, cela peut arriver. Personne ne renonce à son
indépendance si ce sont les mêmes. Là aussi, c’est une question d’état d’esprit, parce qu’au fond, vos
électeurs et les nôtres sont les mêmes, leur impatience est la même. Oserais-je le dire, pour une
majorité d’entre vous, nos destins sont liés.
Mesdames et Messieurs,
je vous remercie, notamment les personnalités de l’opposition qui me font l’honneur d’être ici, c’est un
geste démocratique que je salue. J’espère vous avoir convaincus que je ferai en sorte que cette année 2010
soit utile pour la France et utile pour vos assemblées. Le Parlement européen est devenu un acteur
considérable de la construction européenne. J’ai voulu que les parlementaires soient invités. Mais,
Assemblée nationale et Sénat, il n’y aura pas de modernisation sans vous. Nous devons travailler main dans
10/10
la main, même pour ceux de l’opposition. J’ai voulu que le président de la commission des Finances de
l’Assemblée nationale appartienne à l’opposition. Je n’ai jamais eu à regretter ce choix, parce que je pense
que c’est un choix de civilisation et de démocratie et que personne ne reviendra là-dessus, même si je
comprends parfaitement que cela puisse, ici et là, faire tousser, parce que c’est normal quand une majorité
gagne, elle a un peu tendance à vouloir tous les postes de ministres et tous les postes.
Je le rappelle à Didier MIGAUD - qui sait l’estime personnelle que j’ai pour lui depuis bien longtemps,
puisque j’étais jeune ministre du Budget.
Ce que je souhaite pour notre pays, c’est qu’il arrive à surmonter toutes ses épreuves et qu’à la fin de cette
année, nous puissions nous dire : « ce fut une année utile pour la France ».
Je vous remercie.
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Philippe Vitel
dans l'émission
"Permanence" (LCP)
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