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9-12-2009 "l'Europe puissance navale" thème de la 6ème Rencontre du Naval de la Défense organisée par Philippe VITEL et Défense et Stratégie sous le Haut Patronage du Président de la République
par : . -
publié le [14/12/2009 - 11:45]
Intervention de Philippe VITEL







Intervention de Philippe VITEL

Mesdames, Messieurs,

C'est avec beaucoup de plaisir que j'ouvre les travaux de nos sixièmes rencontres du Naval de Défense et que je vous souhaite à tous la bienvenue à l'Assemblée Nationale.

L'an dernier, à la clôture de nos cinquièmes Rencontres qui était consacrées à une ambition navale pour la France, j'avais annoncé que, logiquement, nous consacrerions notre réunion de cette année à l'Europe, tant il est vrai que dans le monde d'aujourd'hui, qui se caractérise par l'émergence de grands ensembles sur la scène mondiale, la dimension européenne est pour chacune de nos Nations d'une importance primordiale.

La qualité de ceux qui ont bien voulu répondre à notre invitation d'intervenir tout au long de nos travaux montre que ce sujet est bien au cœur de notre actualité et je les remercie de leur présence. Je ferai un mention particulière pour ceux d'entre eux qui viennent soit des instances de l'Union Européenne : Alexander WEISS, Directeur de l'Agence Européenne de Défense, le Contre amiral Stéphane ENGDHAL, chef de la représentation militaire suédois auprès Comité Militaire de l'Union  Européenne, la Suède présidant actuellement l'Union, Monsieur Klaus ROESLER, Directeur des opérations de FRONTEX, soit d'autres pays de l'Union : l'amiral HIJMANS, sous chef des Relations internationales à l'Etat-major des Armées des Pays Bas et le Capitaine de Vaisseau Pier-Fredérico BISCONTI de l'Etat-major de la marine italienne.

Je souhaite également adresser mes chaleureux remerciements à mon collègue Bernard CAZENEUVE, Député de la Manche qui a bien voulu accepter d'animer notre table ronde de cette après-midi, témoignant ainsi que nos Rencontres transcendent les clivages politiques.

L'Europe doit elle être une grande puissance navale ? Poser la question, c'est en réalité y répondre et personne ne s'attends bien entendu à ce que cette réponse soit négative. Il est, à mes yeux, parfaitement évident qu'à coté de nos différentes marines nationales qui sont en charge des grandes missions régaliennes de souveraineté, c'est l'Europe qui doit, dans un certain nombre de cas, prendre le relai.
Ainsi en va-t-il de la lutte contre la piraterie maritime, contre les grands trafics, contre l'immigration clandestine, pour les actions humanitaires et cette liste n'est pas limitative. On pourrait même imaginer qu'à terme les nations européennes intervenant en coalition le fassent sous la bannière de l'Union. La réponse est donc claire, oui, l'Europe doit être une grande puissance navale.
Certes, il existe déjà des concrétisations importantes. L'opération ATALANTA,  qui assure la liberté et la sécurité de navigation au large de la corne de l'Afrique et dans le détroit du Mozambique, est certainement la plus emblématique. La création, et la montée en puissance, de FRONTEX marque également la volonté des européens d'exister en tant que tels pour se protéger. L'objectif est évidemment d'aller plus loin. Tel sera le sujet de notre première table ronde qu'introduira avec sa verve coutumière le professeur COUTEAU BEGARIE et au cours de la quelle nous demanderons à nos invités de faire le bilan de ce qu'est aujourd'hui la puissance navale européenne et dans quels domaines elle doit se développer dans les années qui viennent.

Il est clair également que la puissance navale de l'Europe ne peut se créer ex nihilo. Elle ne peut exister qu'en s'appuyant sur les moyens en hommes et en matériels des différentes marines nationales des Nations qui composent l'Union. Certes, ces marines sont inégales en puissance, en nombre d'unités, en formation, mais toutes chacune à son niveau doit participer à l'effort commun. Rien, me semble-t-il ne serait pire et porteur  de problème pour l'avenir que la constitution dans ce domaine d'une Europe à deux vitesses dans laquelle seuls les membres ayant de longue date une tradition navale forte assurerait la sécurité commune.
Je suis heureux que nous ayons pu réunir ce matin des représentants de  nations navales européennes aussi différentes que la Suède, les Pays-Bas, l'Italie et la France pour traiter de ces questions et réfléchir ensemble aux pistes à explorer pour aller plus loin.
Deux pistes me paraissent particulièrement importantes. Il faut, me semble-t-il développer entre les femmes et les hommes qui participent aux missions européennes un sentiment d'appartenance à un même corps, car il me semble que c'est d'abord ainsi que le sentiment européen se développera et que ce sentiment est indispensable pour que la force navale européenne dépasse le stade de la coopération de plusieurs de nos marines nationales. Ce sentiment de vivre dans une même communauté passe par le développement de formations communes à l'ensemble de ceux qui servent dans ces opérations. Il nous faut, en quelque sorte rendre les hommes interopérables, et ce qui est vrai pour nos militaires doit l'être aussi pour nos matériels. L'interopérabilité entre nos différentes forces nationales est, et sera de plus en plus, un élément fondamental de notre puissance commune, en même temps qu'il participera à la dynamisation de secteurs importants de nos industries de défense, si, du moins on prend soin que les Européens, un peu moins angélistes que d'habitude, recherchent en eux-mêmes, c'est-à-dire en Europe, les outils de cette interopérabilité.
Cette préférence communautaire que j'appelle de mes vœux doit être, elle aussi, un des ciments de l'Europe navale que nous appelons de nos vœux, mais nous avons très bien qu'au sein même de l'Union, tout le monde ne partage pas ce point de vue, et ceci m'amène à notre seconde question, celle que posera Bernard CAZENEUVE cette après-midi : L'Europe, dont nous sommes tous convaincus qu'elle DOIT être une grande puissance navale, PEUT-elle en être une et à quelles conditions ?

Il faut en effet reconnaître qu'à coté des avancées remarquables dont j'ai parlées à l'instant, il est un domaine dans lequel la stagnation me semble un peu désespérante, c'est celui de l'évolution de l'industrie navale de défense sur notre continent. Lors des premières Rencontres Navales de Défense & Stratégie, c'était il y a cinq ans, pratiquement jour pour jour, on nous promettait pour bientôt des lendemains qui allaient chanter. Les plateformistes des divers pays d'Europe allaient se rapprocher, croiser leurs participations capitalistiques,  se fédérer autour de projets communs, développer une politique homogène d'offres… et j'en passe.
Cinq ans plus tard, qu'en est-il ? Il me semble que chacun, tout en entretenant, bien sûr les meilleures relations, fait, comme le disait le Général de Gaulle, cuire sa petite soupe, sur son petit feu, dans son petit coin. Telle Groupe rechigne à se rapprocher de tel autre au motif que la composition de son capital ne lui convient pas, tel gouvernement bloque un projet de rapprochement entre deux entreprises de pays différent pour favoriser une solution nationale au détriment d'une avancée européenne qui, en l'espèce, était en coutre la meilleure solution économique. Nous sommes plusieurs à construire nos sous-marins ou nos frégates et à les offrir en ordre dispersé, souvent les uns contre les autres, sur le marché mondial, le tout sur fond de résurgence inavoué de nationalisme économique et de dévotion à la règle, certes compréhensible en ces temps de crise, mais totalement paralysante, du juste retour. Je sais bien qu'en disant cela je m'éloigne du politiquement correct qui sied en général à ce genre de débat, mais si ce n'est pas un responsable politique qui le dit, qui va le faire? Or, il y a urgence parce que le reste du monde ne nous attend pas, trop content de nous voir nous engluer dans nos chapelles respectives.
Si cela ne marche pas, et une fois encore les raisons en sont multiples et souvent compréhensibles, il faut tout remettre à plat et partir sur un nouveau pied.
Je compte beaucoup sur notre table ronde de cette après-midi et sur le parler vrai de Bernard CAZENEUVE, non pour trouver des solutions - si c'était si simple, cela se saurait – mais pour ébaucher des pistes d'une politique européenne, peut être moins flamboyante que celle à laquelle nous pensions il y a quelques années, peut-être plus modeste dans ses objectifs, mais plus réalistes et conforme au besoin qui est le notre d'être, nous aussi, grand parmi les géants.
L'histoire nous apprend que, de l'antiquité à nos jours, jamais une grande puissance n'a pu se maintenir durablement à ce rang si elle ne disposait pas d'un fort potentiel naval. Si nous avions, d'aventure, la tentation de négliger la mer, nous nous retrouverions bientôt ravalés collectivement au rang de puissance moyenne, incapable de prendre en main son destin et s'en remettant à d'autres pour assurer sa sécurité et la défense de ses intérêts.
Or, nous devons être convaincus et nous rappeler chaque jour qu'en cas de crise grave, personne, je dis bien personne, ne viendra  sans contre partie se battre à notre place. Cela ne s'est jamais vu dans l'histoire et  je doute que cela  ne se voie jamais. Ainsi, bâtir l'Europe du Naval de défense n'est ni un rêve de technocrate, ni un jeu de politicien, ni même la simple ambition d'ajouter un pierre de plus à l'édifice de la construction européenne. C'est un devoir impérieux qui nous est imposé pour que nos enfants puissent vivre aussi libres que nous le sommes nous-mêmes.
Je vous remercie.



Je vous remercie

par : . - publié le [14/12/2009 - 11:45]

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