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5-12-2007 Allocution du Président de la République à l'Elysée devant les Associations des Anciens Combattants d'Afrique du Nord et de Rapatriés Harkis
par : . -
publié le [11/12/2007 - 16:32]

Mesdames et Messieurs,

Je vous prie de bien vouloir excuser mon retard, mais il faut traverser la méditerranée quand
même ! Oui, dans les deux sens exactement.
En ce jour du 5 décembre, journée nationale d’hommage aux combattants morts pour la
France en Afrique du Nord, et alors que je reviens à l'instant de ma première visite d’Etat en
Algérie, permettez-moi de vous dire tout le plaisir et toute la fierté que j’éprouve à vous
accueillir dans cette maison, l'Elysée, qui est la vôtre comme elle est celle de tous les
Français.
J’ai voulu être auprès de vous pour célébrer cette journée où la France se souvient de ceux qui
ont fait le sacrifice de leur vie. Car si le temps est venu d’apaiser les mémoires déchirées par
les drames du passé, oublier serait un reniement qui déshonorerait notre pays.
Le Ministre de la Défense a rappelé toute la reconnaissance que nous devons à tous ceux qui,
au sein des forces armées ou des forces de l’ordre, ont répondu à l’appel de la Nation. Ils
méritent notre respect, la profonde gratitude et la solidarité de la patrie, car à travers leur
engagement et leurs sacrifices, ils ont assumé leur devoir dans une période particulièrement
douloureuse et confuse de l’histoire de notre pays, période rendue encore plus difficile par la
défaillance d’un régime qui vouait l’Etat à l’impuissance.
Près de 25.000 d’entre eux ont payé de leur vie leur engagement et la fidélité à leur pays et
comme leurs aînés ils méritent que « sur leurs tombeaux, la foule vienne et prie ».
A tous les anciens combattants et à tous ceux qui sont morts pour la Patrie en Afrique du
Nord, je veux redire ici solennellement la reconnaissance de la France.
C’est pour leur témoigner cette reconnaissance que j’ai voulu que paraisse, en ce 45ème
anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie, une promotion spéciale dans les ordres
nationaux.
*****
Nos pensées vont aussi vers toutes les victimes civiles, de toutes origines et de toutes
confessions, vers toutes les familles endeuillées et meurtries par ces années d’un long conflit
entre des peuples qui avaient pourtant partagé tant d’épreuves, notamment en combattant côte
à côte pour la liberté au cours des deux conflits mondiaux.
Ce soir je veux aussi saluer celles et ceux qui ont laissé leurs biens et une part importante de
leur vie de l’autre côté de la mer, celles et ceux qui souffrent encore parfois aujourd’hui de
l’incompréhension de leurs contemporains, celles et ceux qui ont trop longtemps été oubliés
par la Nation.
Le système colonial était injuste. La France le reconnaît mais la France ne doit pas oublier les
hommes et les femmes qui ont oeuvré de bonne foi pour leur pays, dans le respect de ses lois,
et qui se sont sacrifiés parfois.
Reconnaissons le courage et la persévérance de ces Français d’Afrique du Nord qui avaient
travaillé dur toute leur vie, qui avaient construit des routes, des hôpitaux, des écoles, des
mairies, qui avaient enseigné, qui avaient soigné, qui avaient planté des vignes et des vergers
sur un sol aride, qui avaient beaucoup donné à une terre où ils étaient nés et qui, un jour, ont
tout perdu.
Je veux qu’on les respecte.
Je connais les conditions difficiles, dramatiques et les déchirements qui ont conduit au départ
d’un million de femmes, d’enfants, d’hommes contraints à un exil forcé et douloureux et qui
n’ont pas trouvé en France métropolitaine l’accueil qu’ils étaient en droit d’attendre et qui
aurait permis d’atténuer les blessures.
Ces Français ont dû surmonter les contraintes d’une installation difficile et ont pris toute leur
part à la construction d’une France moderne.
*****
Lorsque je parle de la France, ici comme à Alger, de son identité, de ses valeurs, je pense
également aux Harkis. Il est légitime et juste qu’ils reçoivent l’hommage solennel de la
Nation car, pour les Harkis aussi, si les accords d’Evian ont scellé la fin des hostilités
militaires, ils n’ont pas marqué la fin des souffrances. D’autres épreuves douloureuses sont
venues s’ajouter aux peines endurées au cours de huit années de guerre.
Pour la France, il s’agit aujourd’hui d’une question d’honneur : il faut réparer les fautes qui
ont été commises car pendant très longtemps, les Harkis n’ont pas bénéficié des mesures qui
auraient permis d’assurer dignement leur insertion au sein de la communauté nationale.
Les conséquences en sont encore visibles aujourd’hui. Les jeunes ont souffert, victimes de
l’installation trop précaire de leurs parents et de ce qu'il faut bien appeler l’ingratitude de
notre société. Leur scolarité, leur formation se sont déroulées dans des conditions difficiles,
qui sont encore à l’origine de handicaps importants.
Certes, la communauté nationale a commencé à prendre en compte cette situation, en
prévoyant des régimes d’indemnisation, en aidant les veuves des anciens combattants, en
facilitant l’insertion sociale et professionnelle des enfants de Harkis. Ces mesures permettent
d’améliorer nombre de situations.
De très nombreux enfants de Harkis ont réussi malgré toutes les difficultés; j’en ai la preuve
vivante devant moi aujourd’hui. Ils ont réussi par leurs efforts, ils ont réussi grâce à leur
famille, ils ont réussi grâce à leur famille, ils ont réussi grâce aux sacrifices consentis par leurs
parents. Ces réussites ne doivent pas nous conduire à sous-estimer les difficultés que
beaucoup rencontrent encore aujourd'hui.
La fraternité c’est la compréhension, le respect, la solidarité. La fraternité n’est rien sans
l’égalité des chances parce que sans l’égalité des chances, il n’y a pas de respect de l’autre, de
sa dignité, de sa valeur. Tout faire pour que chacun puisse développer ses talents, tenter de
réaliser ses ambitions et ses rêves, c’est l’idéal de la République. Donner plus à ceux qui ont
moins pour compenser les handicaps sociaux et économiques, c’est la seule façon d’être fidèle
à l’idéal de la République.
Alors à tous les Harkis envers lesquels la France a une dette, je dis, au nom de la République,
que la France leur doit réparation.
Pour les enfants de Harkis dont les parents ont servi la France, qui ont dû fuir leur pays et que
la métropole a si mal accueillis, j’ai demandé au Gouvernement de mobiliser tous les moyens
pour mettre en oeuvre une politique de formation, une politique individualisée d’accès à
l’emploi, une politique d’accès au logement, une politique particulière d’accès à la fonction
publique. Je souhaite les voir plus nombreux aux postes de responsabilité administratifs,
économiques, politiques, médiatiques. Pour cela, c’est un effort de toute notre société qui est
nécessaire.
Ces actions sont liées aux conditions dramatiques d’arrivée sur le territoire métropolitain,
c’est pourquoi nous devons avoir une volonté politique deux fois plus forte, pour donner aux
enfants de Harkis la priorité à laquelle ils ont droit. Quand on a plus souffert que les autres,
quand on cumule plus de handicaps que les autres, la République doit vous donner davantage.
Nous le devons, pour l’idée que la France se fait d’elle-même. Nous le devons à ceux qui ont
démontré leur attachement à la France. Ils ont servi la France, la France doit en tirer toutes les
conséquences. Peu m'importe que l'on me dise que c'est de la discrimination positive. Peu
m'importe que le mot choque. Ce qui compte, c'est que l'on mette un terme à des injustices.
Au fond, ce ne sont pas eux qui se sont trompés, ils n'ont fait qu'obéir et croire à ce à quoi on
leur demandait de croire.
*****
Outre ces mesures de reconnaissance, sur ma demande, le Premier ministre a saisi le Conseil
économique et social -dont je salue le Président- afin d’étudier l’ensemble des questions
financières concrètes relatives à cette période, qui pourraient encore se poser, et de proposer
des solutions.
Je sais que ce travail se déroule dans de bonnes conditions, dans des conditions qui vous
permettent d’exposer vos préoccupations devant des auditeurs attentifs, honnêtes, qui n'ont
d'autre ambition que de servir la réconciliation nationale. J’attends pour la fin de cette année,
c'est-à-dire, pour ce mois-ci, leurs conclusions.
Mais sans plus attendre, j’ai d’ores et déjà demandé au Gouvernement :
- de lever la forclusion pour le dépôt des demandes d’indemnisation au titre de l’article
12 de la loi du 23 février 2005, demande qui était particulièrement attendue ;
- de réétudier les dossiers éligibles au dispositif de la Commission Nationale de
Désendettement des Rapatriés réinstallés dans une profession non salariée, et qui n’ont pu
trouver de solution ;
- et d’envisager les mêmes conditions de reconnaissance pour tous les anciens supplétifs.
Je ne vois pas pourquoi on devrait traiter les uns différemment des autres..
*****
Nous devons honorer la mémoire de nos morts. J’attache beaucoup d’importance à ce que nos
cimetières militaires en Algérie soient parfaitement entretenus. Alain Marleix, qui rentre avec
moi d’Algérie, m’a dit que c’était le cas de tous les cimetières qu’il avait visités en septembre
dernier à Alger, à Oran et à Mers-el-Kébir. J’ai remercié les autorités algériennes de l’aide
qu’elles nous ont apportée et qu’elles vont nous apporter sur ce sujet si délicat de la mémoire.
Mesdames et Messieurs, j’ai des convictions et je les défends de la même façon à Alger et à
Paris. Malgré des conditions de financement difficiles, les travaux d’entretien
par : . - publié le [11/12/2007 - 16:32]

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