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Philippe VITEL rend visite au DALAÏ LAMA à DHARAMSALA (Inde) du 22 au 24 Mars 2005 |
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Du 22 au 24 mars dernier, Philippe VITEL et 11 députés du groupe d’études de l’Assemblée Nationale sur le problème du Tibet se sont rendus à Dharamsala (Inde), capitale du Tibet en exil, à l’invitation du président de l’Assemblée tibétaine M. Pema Jungney.
L’Assemblée Nationale tibétaine se réunit deux fois par an durant deux semaines (en mars et en septembre), pour traiter des sujets identiques à ceux de notre parlement: lois et budgets qui régissent la vie de la communauté tibétaine en exil depuis le massacre de Lhassa en mars 1959 qui vit le Dalaï-lama s’installer avec une partie de son peuple dans le nord de l’Inde à Dharamsala. Nous avons souhaité répondre à cette invitation pour nous rendre compte de la situation du peuple tibétain en exil et également pour apporter notre soutien aux responsables tibétains qui luttent pour la reconnaissance de leur cause.
Le programme de ces trois jours était chargé : participation à la session budgétaire de l’Assemblée Tibétaine, réception par le Président de l’Assemblée Tibétaine et par les 46 députés venus de toute la planète ; entretiens avec le Premier Ministre du gouvernement tibétain, le Pr. Sandhong Rinpoche, et avec le Dalaï-Lama; visite du Tsuglahang (temple bouddhiste), du musée du Tibet, du Norbulingha (centre artisanal), du centre d’accueil des réfugiés, du village d’enfants tibétains, de la bibliothèque et de l’institut médical et d’astrologie…
Le sentiment partagé par tous est l’admiration pour l’organisation de cette Communauté Tibétaine qui en 46 ans a réussi à recréer une véritable démocratie et à bâtir une société solidaire dont l’autonomie au sein de la République indienne est le modèle de ce qui pourrait être fait dans une Chine dont le gouvernement accepterait le dialogue sans cesse réclamé par le Dalaï-Lama.
Sa Sainteté le Dalaï-Lama, dans un entretien de près de deux heures, nous a redit sa volonté de ne plus assumer de responsabilité politique et nous a rappelé sa Charte de la Paix de cinq points dont l’autonomie et le dialogue sont le fondement. Il nous a par ailleurs confirmé que, dans ce cadre, il souhaite que les responsabilités politiques d’un gouvernement tibétain autonome ne soient confiées qu'aux Tibétains du Tibet et non à ceux de l’exil.
Pourquoi ce qui fonctionne en Inde depuis 46 ans sans troubler le gouvernement et le peuple indien ne pourrait-il pas être opérationnel en Chine ?
Nous avons vu la démocratie tibétaine à l’œuvre lors de la session budgétaire, chacun intervenant pour expliquer son point de vue sans être jamais interrompu et l'opposition d'un seul député sur les 46 suffisant à repousser le vote en attendant que le contradicteur apporte une proposition qui permette d’en débattre et de l’accepter ou non.
L’organisation sociale est un exemple de solidarité collective qui n’est jamais du collectivisme car elle respecte les individualités et leur réussite qu’elle encourage, mais aucun Tibétain n’est laissé de côté.
Cela commence par le Centre d’accueil des réfugiés qui apporte le réconfort matériel et psychologique à tous ceux qui franchissent, dans des conditions souvent très difficiles, la chaîne himalayenne après plusieurs jours de marche dans la neige et le froid. Il nous a été donné de parler à une petite fille de 11 ans, dernière d'une fratrie de 5 enfants, qui était arrivée 10 jours auparavant après 27 jours de marche, seule dans un groupe d’adultes auquel ses parents l'avaient confiée. Le témoignage d’enfants de 4 à 6 ans, à travers leurs dessins montrant la cruauté de la réalité chinoise, fut bouleversant et révèle le traumatisme subi. On y voit en effet des soldats chinois écrasant des représentations de Bouddha, ou emmenant des moines bouddhistes en prison. L'encadrement éducatif est absolument exemplaire pour les jeunes enfants comme pour les plus âgés des adolescents et les jeunes adultes à qui on enseigne immédiatement les rudiments d'hindi et d’anglais pour qu'ils s’adaptent à leur nouvelle vie avant d’être dirigés sur le TCV (Tibetan Children Village) ou le Norbulingha. Dans ces deux lieux d’éducation et de formation, c’est d’abord la transmission de la culture tibétaine qui est primordiale.
Au TCV, 2600 enfants de 3 à 18 ans sont encadrés par des enseignants de qualité et ce sont des mères qui assument la transmission de cette culture et s’occupent des enfants orphelins. Dirigé par la sœur du Dalaï-Lama, Jetsun Pema, le TCV est la pépinière des futurs cadres de la nation Tibétaine dont la réussite professionnelle en Inde est souvent exemplaire, avec l’espoir secret qu’un jour elle s’exercera au Tibet.
Le Norbulingha assure quant à lui l’apprentissage et la perpétuation de la tradition d’art et d’artisanat dont les produits vendus permettent son fonctionnement.
Tout est conçu en fonction de cette volonté de faire perdurer une culture ancestrale qui est indispensable pour continuer l’histoire d’un peuple pour le moment en exil mais qui vit dans l'attente de retrouver tôt ou tard son territoire.
Dans ces conditions, l’oubli manifesté par les gouvernements démocratiques paraît l’un des grands scandales de notre temps. Si le Dalaï-Lama, Prix Nobel de la Paix en 1989 (année des événements sanglants de la place Tien Al Men) a été reconnu comme une autorité morale, la fascination (et l’intérêt) exercée par le développement économique Chinois sur les démocraties rappelle celle de la proie pour le cobra.
Le peuple Tibétain a plus à craindre aujourd’hui du capitalisme d’état Chinois que du maoïsme d’hier; et la répression qui se poursuit, masquée par le commerce, fait que le Tibet est un sujet qui pourrait fâcher et mettre en péril les carnets de commandes que se disputent les grandes puissances, d'où une chape de plomb sur tout ce qui touche au Tibet et au peuple Tibétain.
Cette attitude déshonorante pour des démocraties qui pourtant s'érigent souvent en donneuses de leçons de morale politique, est insupportable et sera sévèrement jugée par l'histoire. Voilà pourquoi les parlementaires français (nos collègues Sénateurs se rendront à leur tour à Dharamsala fin avril) ont voulu exprimer leur soutien à la démocratie Tibétaine et manifester un témoignage de reconnaissance et de légitimité à leurs homologues Tibétains pour contraindre le gouvernement Chinois à renouer le dialogue avec eux.
Et les gouvernants des Etats démocratiques seraient bien inspirés de tirer quelques leçons de l’histoire récente s’ils ne veulent pas apparaître demain comme les complices d'un régime condamné à terme…
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